The Walking Dead
6.6
The Walking Dead

Série AMC (2010)

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Les morts qui marchent ne sont pas ceux que l’on pense

ATTENTION SPOILER.
The Walking Dead est une série imparfaite. Elle est parfois longue, trop longue, parfois ennuyante, possède parfois des antagonistes mal écrits. Pour être honnête, j’ai mis trois tentatives à la finir. Ce n’est pas la meilleure entrée en matière pour une critique positive, je l’entends. Pourtant…
L’histoire suit un groupe qui tente de survivre alors que le monde est devenu subitement le terrain de jeu des morts, qui peuvent marcher et qui cherchent à bouffer les gens. Le personnage principal est Rick Grimes, sherif adjoint d’une petite ville paumée de l’Est des USA, pas loin d’Atlanta. Leur but est simple : survivre et reconstruire leur vie. Très vite, il apparaît que le véritable danger n’est pas les zombies, mais les Hommes, avides de pouvoir et qui cherchent à dominer ce monde. Certes, le scénario est simpliste, et par moment too much. Les morts deviennent, au fil des saisons, accessoires, faciles à tuer, à dominer, à contrôler même. Le danger qu’il représente est par moment oublié, et il faut qu’ils mutent (et deviennent capables de faire des choses comme grimper, tenir un couteau, etc) pour qu’ils reviennent au centre du jeu. Dans le même moment, le message est assez efficace ; malgré un monde qui s’effondre, où 99,5% de la population sont désormais des cadavres ambulants bouffeurs d’entrailles, le danger réside dans l’Humanité, merdique jusqu’à la moelle. Les morts qui marchent, quelque part, s’apparentent à ces survivants incapables de ne pas s’entretuer.
Tout l’intérêt de cette série réside dans la lente déshumanisation de ces personnages, qui passent des gentils livreurs de pizza ou informaticien à des tueurs de sang-froid, tueurs qui ne comptent plus le nombre de victimes.

Ici vous pouvez spoiler !

Chaque antagoniste devient de moins en moins humains, possèdent de moins de moins de raisons compréhensibles de faire ce qu’ils font. Chacun devient une étape dans l’a déshumanisation, à mesure que le monde redevient ce qu’il a été. L’apogée réside dans le Commonwealth, étape finale du voyage, si normal, copié-collé sur le monde d’avant, qui s’apparente à un régime autoritaire, avec son lot de déportations et de ségrégation sociale. La critique derrière est vue et revue, mais a le mérite d’exister : le monde actuel est pourri jusqu’à la moelle.
L’autre intérêt de cette série réside dans la construction des personnages, toujours vu par le prisme d’une déshumanisation latente mais innarétable. Il faut le dire, les personnages de TWD sont bien écrits (du moins pour une partie d’entre eux). De Carol, femme battue par son abruti de mari qui devient une tueuse de sang-froid, sans foi ni loi, à Daryl, junkie solitaire devenu un père de famille fidèle à ses amis, la série comprend son lot d’évolutions intéressantes à suivre et à comprendre… et ce alors qu’ils sombrent tous dans une extrême violence rendue nécessaire par le besoin de garder en vie la seule chose qui compte, leur famille. Michonne, la femme forte, tueuse au sabre, Maggie, leader d’un groupe de survivante, habitée par le souvenir de son mari Glenn, tué à coup de battes de baseball par un homme avec lequel elle devra apprendre à cohabiter… et j’en passe. Oui, les raccourcis sont parfois simplistes, oui les évolutions surprennent par moment (Negan qui passe de l’assassin à la batte au martyr), mais c’est toujours expliqué, sensé, parce que le prisme de sauvegarder sa famille est là, en fond.
Très vite, The Walking Dead devient une lutte morale pour l’humanité, sur fond de désordre post-apocalyptique. Et c’est en ça que réside l’intérêt de la série : comment rester humain alors que les humains ne le sont plus ? Et surtout, la solution à cette question réside-t-elle dans le nombre de personnes que l’on tuera pour sauvegarder sa famille, au risque d’abimer sa propre humanité.
La série se voit aussi au prisme de ses antagonistes. Le premier, le Gouverneur, est un dirigeant mégalomane qui ne se remet pas de la mort de sa fille et vise à dominer son territoire et à tuer quiconque y rentre. Superficiel, brutal… et pourtant, un vrai bisounours par rapport à ce que les héros sont prêts à faire plus tard. Le deuxième est un groupe de cannibale, déshumanisé par les violences qu’ils ont subit les années précédentes. Le troisième est sans doute le plus profond et emblématique, Negan. Empereur d’un sanctuaire où il règne par la peur, taré capable de tuer en riant, flippant, dont on découvre au fil du temps qu’il s’agit surtout d’un personnage dans lequel il s’est fondu pour sauver des gens et surtout pour faire payer au monde la mort de sa femme. Ce malade mental devient humain le jour où il tue de sang-froid un homme qui va violer l’une des personnages principales, laissant entrevoir un autre visage que celui de l’assassin à la batte. Son évolution, que certains déplorent, est une longue quête pour un pardon de ses crimes, impossible vu ces derniers. Alpha est sans doute la plus intéressante, tant par sa maitrise des morts que par la froideur abyssale de son âme. Les deux derniers sont des métaphores de notre monde ; le Pape est la représentation des chefs de guerre, fanatique religieux, trop vite expédié. La dernière, Pamela Milton, est la représentation de l’ancien monde, héritière d’un empire politique (fille d’un ex président américain), dont les méthodes sont les memes qu’avant la chute.
Si l’on peut reprocher de multiples choses à TWD, que ce soit la longueur de certaines saisons, l’inutilité de certains groupes d’antagonistes (les Loups, les dépeceurs ou je ne sais plus le nom des troupes du Pape), la facilité, le coté roulette russe (qui tend à disparaître au fil des épisodes), c’est malgré tout une série psychologique.
Les morts s’y enchaînent aussi. Des premières saisons, seuls Carol, Maggie et Daryl sont toujours en vie. Michonne est partie chercher Rick on ne sait où (un spin-off détaille cela apparemment), Morgan, le personnage le plus torturé de la série, est allé dans l’Ouest. Les personnages vont et viennent, surtout viennent à la fin, mais s’attacher c’est souffir (pensées pour Glenn).
Pour conclure, oui TWD est une série imparfaite, mais la construction des personnages et les questionnements inhérents à leur évolution la rend intéressante. Car les morts qui marchent ne sont pas forcément ceux que l’on pensent.

Créée

le 18 févr. 2025

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