The Wind Blows est un drama qui traite de la maladie d'Alzheimer, à l'instar de The Light in Your Eyes par exemple. Et comme dans Marriage Contract qui parlait avec pudeur du cancer, on a choisi le mélodrame, mais dans un second temps. En effet, paradoxalement, le récit va s'apparenter à une comédie dramatique sur presque six épisodes. Le sujet, qui évoque cette terrible maladie neurodégénérative, va confronter un couple dont le mari perd peu à peu pied et ses facultés cognitives. Bref, sur le papier, il y avait largement de quoi faire un grand drama. Malheureusement, le traitement va apparaître rapidement bancal, à cause d'une entrée en matière poussive, et avec une mise en scène et un scénario qui hésitent constamment entre comédie, romance, drame conjugal et mélodrame. Les scènes dramatiques succèdent aux scènes légères, puis aux situations de couple, aux flashbacks et à de nouveaux passages tragiques, sans véritable continuité narrative. Et puis, dans la seconde partie, qui est interminable, on va appuyer sur le curseur du pathos, ponctué heureusement de vrais moments touchants et sincères. Oui, heureusement, tout n'est pas à jeter dans cette histoire, qui va alterner le bon et le moins bon, la fin étant quand même bien meilleure que le début.
En 2014, Kwon Do-Hoon(Kam Woo-Sung) et Lee Soo-jin(Kim Ha-Neul) forment un couple uni et amoureux depuis plus de dix ans. Mais le quotidien s'érode et un désaccord profond, jusque-là latent, va faire exploser le couple : Soo-Jin veut un enfant, tandis que Do-Hoon s'y refuse obstinément. Ne supportant plus cette impasse, Soo-Jin demande le divorce. Ce qu'elle ignore, c'est que Do-Hoon cache un secret tragique : il vient d'être diagnostiqué d'un Alzheimer précoce alors qu'il n'a que 38 ans. Pour ne pas devenir un fardeau ou détruire l'avenir de sa femme, il choisit de la repousser. Il simule l'indifférence, accepte finalement le divorce après avoir refusé dans un premier temps, et la pousse à bout pour qu'elle s'en aille, étouffant sa propre douleur. En 2019, les ex-conjoints se croisent à nouveau. Soo-jin découvre enfin la terrible vérité sur la maladie de Do-Hoon, qui ignore au début qu'elle a eu une fille avec lui peu après leur séparation. Submergée par la culpabilité et l'amour qu'elle n'a jamais cessé de ressentir, elle décide de rentrer à nouveau dans sa vie. Alors que la maladie de Do-Hoon progresse inexorablement et commence à effacer ses souvenirs, le couple va tenter de recoudre le passé, d'offrir à leur fille des souvenirs avec son père, ses amis, et de prouver à tous les détracteurs que l'amour est plus fort que l'oubli.
Le principal problème du drama réside dans le comportement de Do-Hoon envers Soo-Jin. Il décide seul que sa femme ne pourra pas supporter sa maladie et organise donc leur séparation en lui mentant. Le drama présente cela comme un sacrifice accompli par amour, mais le procédé reste profondément paternaliste : on ne lui demande jamais si elle veut savoir, ni si elle est capable d’affronter la maladie avec lui. On décide à sa place. Ses amis participent eux aussi à cette dissimulation, la laissant pendant des années dans l’incompréhension. Comprendre les motivations de Do-Hoon ne suffit pas à rendre son choix acceptable. Le drama finit pourtant par accumuler les éléments destinés à réhabiliter son comportement, mais c’est contre-productif dans sa démonstration. Cette dimension est d’autant plus gênante que Do-Hoon est présenté comme un catholique pratiquant : au lieu d’interroger son choix, la dimension religieuse finit plutôt par venir le conforter. La représentation de la maladie n’est pas beaucoup plus convaincante. Do-Hoon peut conserver certains souvenirs, en perdre d’autres, ne plus reconnaître certaines personnes, puis retrouver soudainement certaines capacités lorsque le scénario en a besoin. Le problème n’est pas qu’une maladie neurodégénérative soit parfaitement linéaire, mais que le drama ne semble jamais établir clairement ses propres règles. La maladie finit parfois par fonctionner comme un interrupteur narratif.
À cela s’ajoutent des révélations beaucoup trop pratiques, comme Soo-Jin qui comprend presque instantanément de quoi souffre Do-Hoon dès qu’elle reconstitue son comportement. On sent régulièrement le scénario qui cherche la solution la plus simple pour faire avancer l’histoire plutôt que de laisser les choses se construire naturellement. Il y a peu de personnages dans le drama, mais au lieu d’en faire une force, surtout au début, on ne sait pas comment les exploiter habilement. Ainsi, en ce qui concerne le couple Bryan et Ye-rim, leur histoire ressemble franchement à une publicité passée au milieu du film, voire à un spin-off greffé au récit principal. Leurs interactions avec Soo-jin disparaissent même progressivement, ce qui donne l’impression d’une intrigue autonome sans véritable fonction. Et pourtant, les derniers épisodes finissent par lui donner une utilité : puisqu’ils travaillent dans le cinéma, ils participent à la réalisation d’un documentaire consacré à Do-Hoon. On assiste alors à une sorte de roman testimonial filmé, une mémoire collective destinée à ceux qui resteront après lui. La maladie lui enlève progressivement ses propres souvenirs, pendant que les autres construisent ceux qui permettront de se souvenir de lui. C’est probablement l’une des meilleures idées du drama, mais elle arrive beaucoup trop tard pour faire oublier à quel point cette intrigue semblait déconnectée auparavant.
La dernière partie du drama est la meilleure, la petite A-Ram contribuant fortement à accentuer la fibre émotionnelle : avec elle, le scénario n'a pas besoin d'en faire des tonnes pour provoquer quelque chose. Les interactions fonctionnent naturellement. Les deux derniers épisodes sont particulièrement réussis. À mesure que Do-Hoon sombre davantage et oublie progressivement Soo-Jin, il retombe amoureux d'elle à chaque fois. Comme si la maladie pouvait effacer leurs souvenirs sans parvenir à empêcher leur histoire de recommencer. C'est une idée simple, mais très belle, et elle est enfin traitée avec la sensibilité que le reste du drama n'avait pas toujours. Mais il reste beaucoup trop de longueurs, de répétitions, de détours et d'incohérences pour que cette excellente dernière partie puisse effacer tout le reste. Cette histoire ne m'a pas réellement emporté. Je compatis à ce qui arrive aux personnages, mais je n'ai pas ressenti cette émotion naturellement. Marriage Contract, qui traite pourtant lui aussi d'une maladie grave, m'avait immédiatement touché, notamment grâce à Uee et Lee Seo-Jin. Le problème n'est pas le sujet en lui-même, mais la manière dont il est écrit, mis en scène et interprété. Kam Woo-Sung parvient d'ailleurs à porter beaucoup plus efficacement les derniers épisodes, alors que je reste nettement moins convaincu par l'interprétation de Kim Ha-Neul. J'ai souvent davantage compris ce que son personnage était censé ressentir que je ne l'ai réellement ressenti à travers son interprétation.
Les acteurs secondaires servent plus la soupe qu'autre chose, alors qu'il y a du talent derrière. C'est souvent frustrant et rend le bilan assez paradoxal. Malgré tout, The Wind Blows ne tombe jamais dans le piège du misérabilisme. Il laisse une porte de sortie honorable et pudique. Le drama conserve de l'humour, de la tendresse, des moments de vie, une vraie place pour l'amitié et la famille. C'est justement ce qui rend le résultat encore plus dommageable. Lorsque le drama cesse de vouloir provoquer artificiellement les larmes pour simplement montrer ces personnages vivre avec cette maladie, il devient enfin réellement touchant. C'est d'ailleurs ce qui rend ses défauts plus visibles encore : les meilleurs moments ne reposent ni sur les grandes tirades ni sur les situations larmoyantes, mais sur des choses beaucoup plus simples, comme une relation père-fille, un souvenir qui revient, un geste d'affection ou deux personnes qui retombent amoureuses l'une de l'autre sans même comprendre pourquoi. Le problème est que cette justesse arrive trop tard. Le scénario se saborde souvent tout seul comme un grand en imposant des choix discutables. The Wind Blows reste donc une œuvre imparfaite, parce qu'il nous montre à la fin qu'il savait exactement comment raconter cette histoire, mais seulement après avoir passé une grande partie de ses seize épisodes à chercher comment y parvenir.
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