The WONDERfools se déroule dans la ville de Haeseong, une petite ville coréenne durant les derniers mois de l’année 1999, à la veille du passage à l’an 2000. Dans un climat traversé par les peurs du nouveau millénaire, la série mêle chronique provinciale, polar de village, fantastique, comédie et récit de super-pouvoirs.
Eun Chae-ni (Park Eun-bin), jeune femme atteinte d’une maladie cardiaque, est au centre du récit.Elle tente de mener une existence aussi normale que possible, aux côtés de sa grand-mère Kim Jeon-bok (Kim Hae-sook).
L’histoire suit un petit groupe formant une équipe malgré eux : Eun Chae-ni (Park Eun-bin), Kang Ro-bin (Im Sung-jae), Son Gyeong-hun (Choi Dae-hoon) et Lee Un-jeong (Cha Eun-woo). Réunis par un incident lié à une décharge toxique, ils développent des capacités surnaturelles et se retrouvent plongés dans une dynamique de survie et d’enquête. Le groupe fonctionne par moments, notamment au début, où se dessine une véritable dynamique de “team” improvisée : des marginaux soudés et solidaires, portés par une idée d’héroïsme collectif et de dépassement de soi, rapidement moins convaincante dans son exécution.
Sous son abondance d’idées, The WONDERfools empile les éléments sans véritable construction. L’intrigue juxtapose enquête locale, organisation secrète liée au Wunderkinder Project, complots et drame, sans toujours parvenir à les articuler de manière cohérente.
Lee Un-jeong (Cha Eun-woo), fonctionnaire énigmatique au passé trouble, rejoint ce groupe et en perturbe davantage les équilibres sans en clarifier immédiatement les enjeux.
Les relations entre les personnages et les éléments sentimentaux peinent parfois à atteindre toute la profondeur recherchée, alternant entre excès et retenue.
Le romantisme, pourtant présent en filigrane, reste quasi inexistant.
De même, si les éléments fantastiques sont nombreux, ils ne parviennent pas toujours à susciter l’émerveillement attendu. L’ensemble demeure fonctionnel, sans toutefois atteindre pleinement son potentiel émotionnel.
Le rythme reflète également cette recherche d’équilibre. Les séquences dramatiques côtoient régulièrement des passages humoristiques ou des changements de ton marqués. Cette alternance constante entre émotion, action, comédie et fantastique témoigne d’une volonté de diversité, mais peut parfois donner une impression de dispersion.
À force de surenchère, certains comportements frôlent par moments le grotesque, ce qui nuit à l’attachement recherché.
À mesure que les épisodes avancent, cette énergie débordante finit même par devenir contre-productive : faute d’être véritablement canalisée, elle donne au récit un caractère brouillon où chaque nouvelle idée semble chasser la précédente avant qu’elle n’ait eu le temps de produire ses effets. Les gags paraissent alors forcés, certaines situations excessives et l’ensemble tend davantage à fatiguer qu’à divertir. L'impact global du récit s’en trouve atténué, tandis que la nostalgie de la fin des années 1999 reste davantage suggérée qu’incarnée de manière tangible.
Eu Chae-ni, est définie par une maladresse récurrente et une excentricité exagérée qui constituent une part importante de son identité. L'insistance sur ces aspects de sa personnalité limite la complexité du personnage.
Le même phénomène touche aussi ses deux comparses: ce qui relevait au départ d'une singularité attachante glisse vers la caricature.
Leurs émotions et les effets comiques sont trop mis en avant, tandis que les interprétations plus mesurées se distinguent par leur sobriété, à l’image de celle de Lee Un-jeong (Cha Eun-woo).
L’ensemble manque d’élégance, et de finesse surtout pour le personnage principal. Son apparence féminine est peu mise en valeur, maquillage coiffures, vêtements pseudo gothiques et son jeu bascule souvent dans un registre clownesque, avec des grimaces et une exagération dans un comportement masculin constant qui nuisent à la crédibilité et à l’équilibre du ton.
Visuellement, The WONDERfools adopte une esthétique volontairement terne, dominée par des décors décrépits, des intérieurs délabrés, des couleurs désaturées et des costumes volontairement disgracieux. Ce choix aurait pu nourrir un sentiment de fin de cycle ou une identité forte. Pourtant, il produit souvent l’effet inverse : la série ne semble pas représenter un monde en décomposition mais accumuler des signes extérieurs de vétusté. Les années 1999 apparaissent moins comme une époque vivante que comme une reconstitution artificielle, privée de relief et de chaleur.
Les antagonistes eux-mêmes ne parviennent pas à inverser cette impression. Bien que plus structurés et visuellement plus “propres”, ils restent insuffisamment développés pour incarner une véritable menace marquante. Leur potentiel narratif demeure sous-exploité, ce qui renforce l’idée générale d’un univers riche en concepts mais pauvre en incarnation forte.
Si certains spectateurs peuvent être sensibles à son énergie et à son mélange des genres, celui-ci ne suffit pas à masquer un manque de maîtrise global, des excès de ton et une impression constante de dispersion.
Le principal paradoxe de The WONDERfools réside sans doute dans l’écart entre l’ampleur de ses ambitions et leur concrétisation à l’écran. Malgré la richesse de ses concepts, ses intrigues et ses éléments surnaturels, la série ne parvient pas à générer l’adhésion et l’émerveillement que son univers semblait promettre.
À vouloir constamment en faire davantage, la série finit par perdre en incarnation et en lisibilité, laissant le spectateur à distance plutôt que de l’entraîner dans son élan.
Au final, The WONDERfools donne l’impression d’une œuvre à la fois saturée et inachevée. Saturée d’idées, de thèmes, de rebondissements et d’intentions ; inachevée dans leur mise en forme. Derrière cette accumulation se dessinait pourtant le potentiel d’un univers singulier, mais celui-ci reste étouffé par un manque de cohérence, de finesse, d'élégance et de liant. Plus qu’une œuvre ratée, The WONDERfools apparaît comme une occasion manquée : celle d’un récit qui voulait embrasser trop de choses à la fois et qui finit par se perdre dans son propre foisonnement.