Si le profilage prend son essor aux États-Unis dans les années 70, au sein d'unités spécialisées du FBI, ce n'est que vers la fin des années 90 qu'il apparaît en Corée, où il est d'abord dénigré par les officiers de police formés sous la dictature. En effet, il était alors courant d'obtenir des aveux (vrais ou faux) après un bon "tabassage" en règle. À cause de méthodes de travail non conventionnelles, les premiers profilers coréens étaient souvent considérés comme des "sous-flics". Ce n'est qu'à partir de 2005 que leur travail fut reconnu à sa juste valeur, l'État s'employant alors à affecter une équipe de profileurs attitrée à chaque commissariat d'arrondissement. L'histoire relatée dans Through the Darkness s'appuie sur le récit réel de Kwon Il-yong, ancien officier d'élite de la police et membre du SWAT. Il est considéré comme le premier profileur du pays et l'un des meilleurs au monde. Bien qu'il ait pris sa retraite en 2017, la police fait encore appel à lui aujourd'hui; il reste très actif, notamment à la télévision et lors de conférences.
L'intrigue se déroule sur près d'une décennie, de la fin de 1998 — une époque où la police coréenne ne jurait que par les preuves physiques et les aveux musclés — à 2007. Face à une montée de crimes violents, Song Ha-young(Kim Nam-gil), un inspecteur au calme olympien, est recruté par le visionnaire capitaine Kook Young-soo(Jin Sun-kyu). Ensemble, ils créent l'équipe d'Analyse du Comportement Criminel. Leur mission : s'entretenir avec des tueurs en série déjà condamnés pour comprendre leur logique. Ces hommes, adeptes du dialogue et de la psychologie plutôt que de la brutalité, seront épaulés par un jeune statisticien, Jung Woo-joo(Ryeo Un). Ce qui frappe, c'est le sang-froid dont ils font preuve à chaque instant pour explorer les méandres de la psyché humaine. Nous allons les suivre durant des enquêtes qui prendront parfois plusieurs mois et qui donneront des résultats spectaculaires.
Face à la roublardise de certains serial killers, la police est souvent démunie. À cette époque, l'usage de méthodes éculées montre ses limites et risque d'envoyer des innocents en prison. Le drama dévoile une approche métier totalement nouvelle qui, longtemps, sera dénigrée par leurs collègues. L'atmosphère est glauque, car ces profileurs tentent de lire dans les pensées de "monstres" à l'apparence humaine. Through the Darkness n'est pas un drama policier classique : c'est une plongée clinique dans la noirceur de l'âme, une série qui "prend aux tripes" en mettant à mal les certitudes du travail à l'ancienne. Pour avancer, ils n'hésiteront pas à utiliser les détenus eux-mêmes afin de décoder leurs modes opératoires. Les cas traités s'inspirent de faits réels : l'étrangleur à la casquette rouge, le découpeur d'enfants, le tueur à la masse ou le tueur à l'arrêt de bus. Le point commun de tous ces serial killer? Tous tuent pour le plaisir. Le drama met en avant les phases de dialogue, véritables jeux du chat et de la souris avec des meurtriers sournois.
Les affaires traitées s'inspirent de faits réels traitées par Kwon Il-Yong lui-même à l'époque. Certaines vont se chevaucher, ce qui amplifie la profondeur du récit, tout en maintenant un intérêt constant: l'étrangleur de femmes à la casquette rouge, le découpeur d'enfants, le tueur à la masse, le sadique au couteau et le tueur en voiture à l'arrêt de bus. Le point commun c'est que tous ces psychopathes tuent pour le plaisir, mais en ayant une explication plus ou moins rationnelle (de leur point de vue). Ce sont les phases de dialogue entre les profileurs et les bourreaux qui sont mis en avant pour observer les mécanismes qui les a pousser à commettre ces atrocités. Un jeu de chat et de souris pour faire avouer les meurtriers, la plupart du temps très intelligents et sournois. Au départ, ces flics d'un nouveau genre ne sont pas pris au sérieux. Ils analysent et réfléchissent avant d’agir car leur méthode de travail est fondée sur la psychologie et la statistique. On les verra tellement impliqués dans leur traque, que parfois leur santé physique et mentale en subiront les conséquences. Une série qui dégage énormément d'émotions, parfois très dures à encaisser. On est dans le réel, nous sommes impliqués, nous sommes au cœur de l'enquête. Nous ressentons ce qu'ils ressentent.
Pourquoi Through the Darkness est une réussite totale pour moi? Tout d’abord, par le fait d’une interprétation magistrale de Kim Nam-Gil, qui livre une performance d’une retenue incroyable. Tout passe par le regard. Il incarne parfaitement le poids émotionnel de devoir « devenir » le monstre pour comprendre le monstre. Sa transformation physique au fil des épisodes, marquée par l’épuisement et la noirceur, est saisissante. Jin Sun-Kyu n’est pas en reste, et je voudrais aussi souligner la présence de Kim So-Jin, la seule femme du casting, qui joue de manière juste et sincère. Je ne peux pas tous les citer, mais Kim Won-Hae, l’inénarrable mais talentueux comédien aux multiples facettes, nous fait l’amitié de sa présence dans le rôle de ce commissaire de police bienveillant. On a vraiment un casting quatre étoiles. Ce qu’on retient aussi, c’est le réalisme avant le spectacle. En effet, contrairement à beaucoup de séries de True Crime, le drama évite le sensationnalisme. Pas de courses-poursuites, ni de baston, ni de coups de feu. L’action se passe dans de petites salles d’interrogatoire sombres, lors de longues phases d’entretien avec les criminels. C’est instructif, passionnant et effrayant à la fois. On est toujours dans le respect des victimes : la caméra ne se complaît jamais dans la violence gratuite. L’accent est mis sur le traumatisme des familles et la quête de justice. Il n’y a pas de jugements de valeur, mais juste un exposé des faits, réalisé de manière objective et structurée. Enfin, le drama capte parfaitement l’ambiance d’une Corée en transition, avec ses quartiers sombres et son administration policière rigide, souvent plus préoccupée par les statistiques que par la vérité.
Pour conclure, je dirais que la réalisation et la mise en scène sont de très haut niveau, dignes d’un grand film du genre. L'accompagnent musical est de toute beauté. Il y a beaucoup d'émotion et les enquêtes sont palpitantes : on est souvent à fleur de peau, car toujours sur le qui-vive. Le rythme est lent, mais toujours approprié. Si vous cherchez un thriller survitaminé à la Voice ou Mouse, par exemple, vous pourriez être déçus. C’est une série cérébrale, qui prend son temps pour disséquer les dialogues. Ici, c’est l’humain avant tout, dans tout ce qu’il a de plus noir et abject, ou bien dans ce qu’il a de meilleur, comme l’équipe des profileurs nous le montre constamment. Mon petit bémol se situe au niveau de la temporalité, qui peut s’avérer mal exposée ou mal perçue, et peut nuire à la compréhension (la première enquête dure un an alors qu’on a l’impression qu’elle a duré deux ou trois semaines ; idem pour celle du tueur au couteau). L’atmosphère est pesante et le visionnage est psychologiquement éprouvant. Je dois avouer que j’ai terminé la série vraiment chamboulé. Nous sommes ici en présence d’hommes et de flics d’exception, au service du bien commun et des victimes. Une série dont on ne ressort pas indemne, car très touchante et poignante. De l’émotion à l’état brut, avec une sincérité et une authenticité réelles.
Main Theme: Nerd Connection - Lullaby
Additionnel OST: Through the Darkness Full Playlist