J'ai découvert Trigun à l'époque de sa première diffusion sur Game One. Je ne

l'avais pas regardé pour vérifier sa réputation ni malgré elle : je m'en foutais

complètement. La série m'attirait, je l'ai regardée. En y revenant aujourd'hui,

ce qui m'intéresse surtout, c'est de voir ce qui a tenu, ce qui a vieilli, et

pourquoi Vash reste un personnage aussi fort.


Les premiers épisodes peuvent pourtant donner une impression trompeuse. Vash est

un grand blond en manteau rouge qui pleure pour des donuts, drague mal et passe

son temps à éviter les bagarres. Difficile de comprendre comment ce guignol a pu

devenir l'homme le plus recherché de la planète.


Puis quelque chose se décale.

Vash ne change pas vraiment : c'est notre regard sur lui qui change. Ses

pitreries, ses sourires trop larges, sa manière de désamorcer chaque situation

cessent peu à peu d'être seulement comiques. On comprend qu'il y a derrière tout

ça une fatigue immense, et surtout une volonté presque désespérée de ne jamais

devenir ce que le monde attend de lui.


C'est là que Trigun trouve sa vraie force. La série passe sans cesse du burlesque

à quelque chose de beaucoup plus douloureux, sans que l'un annule l'autre. Vash

reste ridicule, excessif, parfois franchement idiot, mais plus on avance, plus on

comprend que cette légèreté est aussi une manière de tenir debout.


L'épisode 17 est probablement le moment où tout cela devient le plus clair. Il ne

s'y tire presque pas un coup de feu, et pourtant je n'ai rien vu de plus dur dans

le reste de la série.


Vash et Knives grandissent au même endroit, voient les mêmes hommes, les mêmes

comportements, la même violence. Et ils en tirent deux conclusions totalement

opposées. L'un continue de croire qu'une vie garde toujours une valeur et une

possibilité de changer. L'autre finit par considérer l'humanité comme une espèce

nuisible dont il faudrait se débarrasser.


Même monde, mêmes expériences, deux réponses irréconciliables.

C'est à ce moment-là que Trigun devient vraiment intéressant. Pas parce qu'il

oppose simplement le gentil Vash au méchant Knives, mais parce qu'il montre ce

qu'une conviction peut coûter à celui qui la porte.


Le pacifisme de Vash n'est jamais présenté comme une solution facile. Il le met

constamment en danger, l'oblige à encaisser des situations absurdes et finit même

par faire souffrir ceux qui l'entourent. On peut parfois se demander s'il

continue à y croire parce qu'il pense réellement avoir raison, ou parce

qu'abandonner cette idée reviendrait à trahir tout ce qui l'a construit.


Et c'est justement ce qui rend le personnage beaucoup plus intéressant qu'un

simple héros incapable de tuer.


La série a évidemment vieilli par endroits. L'animation de 1998 est très inégale,

certains épisodes étirent inutilement leur idée, et les Gung-Ho Guns ne se valent

clairement pas tous. Certains adversaires laissent une vraie trace, d'autres

ressemblent davantage à des obstacles posés sur la route avant le prochain moment

important. La dernière partie donne aussi parfois l'impression de vouloir aller

plus vite que ce que le récit aurait mérité.


Mais ces défauts n'effacent pas ce que Trigun réussit.

Sous son apparence de western de science-fiction un peu foutraque, la série parle

surtout de la difficulté de rester fidèle à ses principes quand tout semble

démontrer qu'ils ne fonctionnent pas. Et elle a l'intelligence de ne pas rendre

cette fidélité confortable.


Reste forcément la question aujourd'hui : commencer par la série de 1998 ou par

Trigun Stampede ?


Pour moi, l'original reste le meilleur point de départ si l'on accepte son

animation et son rythme d'époque. Il prend davantage son temps avec Vash, laisse

planer le doute sur ce qu'il est réellement et permet au personnage de se

dévoiler progressivement. J'ai comparé les deux versions plus [en détail

ailleurs https://jurojin.net/animes/trigun-1998-critique mais c'est précisément cette lente découverte qui

donne autant de poids à ce qui arrive ensuite.


Trigun n'est pas une série parfaite, et je ne chercherais pas à la faire passer

pour un chef-d'œuvre universel.


Mais quand elle touche juste, elle le fait avec une force que beaucoup de séries

plus propres, plus modernes et mieux animées n'atteignent jamais.

MVaertan
8
Écrit par

Créée

le 23 août 2026

Critique lue 4 fois

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