HBO (pour Home Box-Office), c’est le network qui a révolutionné le monde de la série télévisée au début des années 2000, notamment avec des productions telles que The Wire et The Sopranos. C’est aussi le diffuseur des excellentes Boardwalk Empire et, bien sûr, Game of Thrones. Mais aujourd’hui, et malgré tous ses succès, HBO voit son statut de leader en la matière contesté par Netflix et sa production majeure : House of Cards.
Alors HBO a décidé de frapper un grand coup, en arrachant à la concurrence la série écrite par le jeune romancier Nic Pizzolato et réalisée entièrement par Cary Fukunaga, qui n’est à mon sens rien de moins qu’une révolution de la série policière. Au cours de la première saison, on suit les inspecteurs Rustin « Rust » Cohle et Martin « Marty » Hart au cours de trois périodes distinctes : 1995, année de l’enquête ; 2002, année charnière dans leur relation et 2012, alors qu’ils sont interrogés sur le déroulement de l’enquête.
Si Pizzolato reprend pour la partie se déroulant en 1995 et constituant l’essentiel du première tiers de la série la trame originale de toute série policière (découverte d’un corps, enquête, fausse piste, re-enquête, appréhension du suspect), il lui impose un rythme lent, très lent (parce que l’enquête se déroule en Louisiane du Sud ?), qui en fait en grande partie l’originalité.
Mais ce qui fait de True Detective une vraie révolution, c’est l’importance accordée aux enquêteurs sur l’enquête, la reléguant parfois au second plan. Et pour que cette prise de partie soit réussie, il fallait des acteurs capables d’incarner ces flics qui sont bien plus qu’un badge et un flingue. HBO a donc fait appel à deux acteurs connus et reconnus.
Matthew McConaughey est Rust Cohle, ancien infiltré dans un cartel mexicain, dont la prise répétée de drogues durant cette période laissera des séquelles à l’origine de scènes assez remarquables. Rust, c’est l’intello du duo, celui qui prend des notes (beaucoup), et qui compulse les dossiers. C’est aussi un personnage « mystique », nietzschéen – une très longue tirade au cours de l’épisode 5 sur la vie comme éternel recommencement tend à penser dans ce sens. Le personnage est captivant parce que complétement en marge de la société : il vit détaché des choses matérielles, refuse l’autorité et est athée (nous sommes en Louisiane, rappelons-le)
Woody Harrelson incarne quant à lui l’exact opposé de Cohle. En effet, Hart est le stéréotype de l’américain moyen : marié, deux enfants, pavillon de banlieue, croyant mais sans plus, fréquentant une jeune maitresse dans le but de « ne pas ramener la pression du boulot à la maison ». Cependant, sa vie – dont il ne cesse au début de vanter les mérites à Cohle – va rapidement se fissurer, faisant remonter son agressivité, ce qui aura une incidence sur l’enquête.
Car oui, il y a bien une enquête derrière les développements psychologiques des deux enquêteurs.
La série s’ouvre d’ailleurs sur la scène de crime au fondement de la série : une jeune femme, attachée et affublée de cornes de cerf et de tatouages mystiques et entourée d’attrapes-rêves est retrouvée dans le bayou. Il s’agit alors de retrouver le meurtrier, ce qui va conduire Rust et Marty à parcourir une bonne partie de la Louisiane, interroger des personnages plus dérangeants les uns que les autres, se confronter à aux croyances mystiques de la Louisiane profonde, avant – en clôture de l’épisode 4 – d’appréhender le suspect. Se met alors en place un décalage entre le récit des inspecteurs à leurs interrogateurs et les images qui nous sont montrées, donnant ainsi un sens à ces interrogatoires
Il ne m’est alors plus possible de vous en dire plus sous peine, sinon de vous spoiler, de vous gâcher le visionnage de cette excellente série, dont la réalisation emprunte tantôt à Terrence Malik (l’ellipse narrative), tantôt à Brian de Palma (plan-séquence lors de l’émeute).
Un dernier conseil : ne vous attachez pas aux personnages, le casting sera renouvelé pour chaque saison.
EDIT S02 : il était clair que ça serait compliqué de faire aussi bien que le première saison, et malgré un casting aussi impressionnant sur le papier que juste à l'écran, cette nouvelle saison peine à captiver, sans doute à cause de sa lenteur et du manque de fonds scénaristique.
Cela reste cependant une très bonne série, à la réalisation léchée (sans doute le seul trait commun aux deux saisons avec le casting exceptionnel)