Nous vivons un âge d'or.
Qu'on se le dise, les séries télévisées connaissent un âge d'or. Et avec True Detective le petit écran rajoute une légende à son Panthéon.
Alors certes, il y a eu des signes avant-coureurs: la farfelue mais brillante Twin Peaks. Plus tard Urgences et son pilote dantesque. Puis vint l'ère des classiques: Sopranos, Wire, Mad Men, Breaking Bad, … Et enfin, deux séismes coup sur coup : House of Cards et True Detective. Nous vivons une époque formidable, où les histoires peuvent se raconter sur des semaines et où les cinéastes exigeants peuvent trouver refuge loin des studios dans l'intimité des postes de télévision.
L'argument de True Detective est pourtant simple: deux policiers (un père de famille plutôt porté sur les petites blondes, et un philosophe ténébreux cassant souvent l'ambiance avec ses monologues) mènent une enquête dans la Louisiane profonde. Tous les éléments d'un bon thriller sont là: meurtre théâtral, congrégation occulte, flics louches, bikers violents, et consanguins du bayou.
Le génie de la série est à la fois dans son ambiance (souvent lente, parfois moite) et dans ses morceaux de bravoure (une évasion en plan séquence ou encore un plan final terrifiant sur un homme … en slip et masque à gaz). La réalisation est fabuleuse (on pense à David Fincher). La musique aussi d'ailleurs; puisant dans le meilleur du folk, de la country et du rock (Black Rebel Motorcycle Club, Melvins). Le jeu des acteurs est au diapason, avec un McConaughey fantastique. De toute façon depuis deux ans le bonhomme marche sur l'eau et enchaine les rôles mémorables (notamment dans Mud, le grand oublié des derniers oscars).
Mais en voyant cette série, je prends conscience que nous vivons un moment exceptionnel. Les networks (HBO et Netflix en tête) prennent le relai du cinéma en offrant aux auteurs un cadre souple et durable pour des scénarios ambitieux. Les bonnes séries abondent, et comble du luxe, certaines passent inapercues noyées dans la masse de la qualité. C'est le cas par exemple, de l'ultime saison de Skins: saison courageuse et assez formidable qui est malheureusement passée inaperçue. Ou encore de This is England, série malheureusement trop peu mise en valeur.
Il faut donc savourer cette belle période pour les séries. Il n'est pas dit que cela dure. Rappelons-nous, la fin de Lost. Croyant voir un créneau se libérer, les chaînes se sont précipitées dans la brèche et ont enchainées les ersatz mal foutus et idiots: Heroes (désolé pour les fans), Flash Forward, Last Resort, …
Alors ne succombons pas au syndrôme Napoléon! Vaincqueur de l'Europe, il ne sut savourer son apogée et se lança dans la campagne Russe; celle de trop. Savourons donc cette belle période télévisuelle, et n'ayons pas les yeux plus grands que le tube cathodique. Quand je vois Marvel et Netflix annoncer 4 miniséries sur des super héros, je me dis qu'ils n'ont pas compris l'échec d'Agents of Shield, et que il est peut-être là le danger. Dans la précipitation.
Au moment où j'écris ces quelques lignes je n'ai pas encore vu l'épisode final de True Detective. Pas grave, je ne suis pas pressé…
Je savoure
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