Saison 3
Après les retours plus que mitigés sur la seconde saison, les showrunners ont décidé de revenir aux bases avec une troisième saison qui s’inscrit dans la continuité directe de la première. Le résultat est un peu mi-figue, mi-raison. Dans le sens où ça fait plaisir de se replonger dans une enquête policière étalée sur plusieurs générations, avec cette ambiance si particulière, pesante, oppressante. Le problème, c’est que ça ressemble plus à un artifice cette fois-ci, car outre l’absence de l’effet de surprise, l’intrigue même peinera à vraiment exister dans cette ambiance. Ce qui sera intéressant, c’est surtout le développement du personnage de Purple, qu’on voit non seulement évoluer au cours des différentes périodes mais aussi des épisodes (comme s’il vivait les trois en même temps). Surtout, ça sera la façon dont l’enquête le bouffe, presque de façon obsessionnelle.
J’ai beaucoup aimé aussi la construction de la série, puisqu’on se retrouve au final avec 3 enquêtes différentes menées par le même duo mais qui mûrit à chaque fois, arrivant donc à des conclusions différentes. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié la dynamique entre Waynes et Roland : même si elle n’est pas du niveau de Rust et Marty, elle est très efficace et aucun d’eux n’est vraiment dans l’ombre de l’autre. L’évolution de cette dynamique au fil des épisodes est aussi très intéressante à suivre, car on sent que chacun est affecté différemment par les conséquences de l’enquête. Amelia aussi aura un rôle intéressant, dans son évolution aussi, même si pour le coup, le personnage peut se montrer parfois plus en retrait.
Mais voilà, si le développement et l’écriture des personnage sont vraiment superbes, l’enquête, de son côté, patine un peu. On avancera bien sûr à l’aveugle, mais au final on n’aura jamais vraiment d’indices probant pour nous mener à sa résolution. La conclusion apportera les réponses, sans pour autant être pleinement satisfaisante dans le sens où on se dit presque « tout ça pour ça ? ». Mais peut-être est-ce le côté un peu trop happy-end qui dénote par rapport à l’ambiance générale, sonnant du coup un peu faux. Du coup, clairement, ça ne sera pas la résolution de l’enquête qui nous intéressera, mais plutôt de savoir comment celle-ci va affecter les personnages au cours des décennies et s’ils finiront par connaître le fin mot de l’histoire. En soit, c’est une approche intéressante du polar, et j’ai trouvé que c’était une bonne idée, mais il lui manque un petit quelque chose pour vraiment se sentir transporter.
Le casting est formidable. Stephen Dorff et Carmen Ejogo sont vraiment supers dans leurs rôles respectifs, sans verser dans le stéréotype. Ils donnent à l’intrigue un certain réalisme et n’hésitent pas à confronter le protagoniste avec ses propres problèmes. Ils complètent magnifiquement un trio, faisant à deux un contrepoids magnifique à l’écrasant Mahershala Ali une nouvelle fois brillantissime dans ses interprétations. Difficile de choisir une par rapport aux autres, car on change d’avis à chaque scène. Il est tout simplement formidable de bout en bout, jouant avec les différentes forces et faiblesses de son personnages. Le reste du casting sera sans doute beaucoup moins marquant, mais tout aussi efficace, avec quelques têtes connues ici et là. Techniquement, rien à redire : la musique sera très portée sur l’ambiance oppressante, les décors reconstitueront les différentes époques tout en gardant une certaine continuité, et la mise en scène sera efficace, même si pas forcément du niveau de la première saison.
Une troisième saison réussie, renouant un peu (trop) avec l’ADN de la première, mais qui prendra le temps d’écrire et de développer des personnages forts intéressants et captivants.