Au début de l'année 2014 (c'était il y a pas si longtemps lorsque j'écris cette critique) était diffusée la série « True Detective », une série diffusée par HBO, avec comme tête d'affiche Woody Harrelson et Matthew McConaughey, deux « gueules » du cinéma. Mis à part les faits platement décris ci-avant, vous avez là le début d'une recette prometteuse... très prometteuse, indeed.
Pour faire bref, « True Detective » vous plonge dans l'enquête sombre que mènent deux agents de la criminelle louisianaise, Rust (McConaughey) et Marty (Harrelson). Regardez cette affiche, ne sentez-vous pas déjà le vent se lever ? N'entendez-vous pas le bruit assourdissant des plants de maïs dansant dans les bourrasques ? Voyez ces deux hommes, soucieux. L'affiche dit tout ou presque de cette série, elle est... réussie.
En huit épisodes, « True Detective » (oui, je répète encore son nom, comme un rituel) aura réussi ce qu'aucune autre série policière n'a effleuré avant elle... Diable ! Ce que trop peu d'autres séries tout court n'ont approché : la perfection.
Le rythme y est lent, irrégulier, envoutant. Vous serez bercé par la philosophie de Rust. Vous serez bringuebalé par la rudesse de Marty. Dès le départ ces deux hommes cachent quelque chose. Ce petit truc qui vous attire c'est ce qu'on appel un « passé ». Il les a marqué, il les a façonné et les a fait se réunir en Louisiane. Vous n'en savez pas beaucoup, au départ. Mais les personnages sont réussis, ils sont vivants, ils existent. Cette « matière » devant vos yeux prendra forme tout au long de la première saison. Réussie, je vous dis.
L'ambiance, aussi. Les plans, la musique, le rythme, les non-dits, tout vous emmène dans un bayou « authentique ». Loin de la Nouvelle Orléans, le bouseux fait loi. Le monde est sale, de terre et de sang. Mais tous ces gens que l'on voit ont plus de présence que n'importe quel héros de teenage-serie gâteuse. On ne vous ment pas, tout ça pue le fumier et la sueur.
Vous ne serez pas choyés, « True Detective » ne vous donnera pas les clefs de l'enquête comme une autre série le ferait. Abandonnez l'idée de trouver vous-même l'identité des coupables, de voir un indice lâchement vendu par le réalisateur, d'effleurer la vérité. Rust et Marty en savent plus que vous, vous ne pouvez que vous assoir et essayer de les comprendre eux et leur raisonnement. Le scénario envoi du pâté. Le scénario frôle le chef-d'œuvre. Allez... c'est un chef-d'œuvre !
« True Detective » se regarde au moins deux fois. La première fois, pour être épaté par l'esthétisme fort de l'image et des personnages. Pour comprendre ce qu'il se passe entre Rust et Marty, pour comprendre que ce n'est pas simple. Regardez-la une fois pour bien saisir le message de réussite hautaine qui émane de cette série.
La deuxième fois, vous comprendrez, en vous attardant sur chaque plan, chaque dialogue, chaque nom, chaque expression faciale, qu'il n'y a pas de faille. Tout, absolument tout (ou presque), est là pour une raison et a sa place dans l'univers crasseux dans lequel les deux « detectives » vont plonger. C'en est jouissif.
Regardez-la une troisième fois, peut-être y décèlerez-vous les nombreuses traces d'une symbolique omniprésente... pour le spectateur averti. Même la troisième fois, je n'y ai pas trouvé à redire. Définitivement, « True Detective » m'a avalé, pour me recracher encore plus curieux, encore plus envieux de replonger avec Rust et Marty dans leur univers si bien façonné.
« Un chef-d'œuvre... » dis-je en soupirant. Oui, je soupire, car lorsque je reviens à la réalité, même les meilleures séries, même les meilleurs films, dévoilent alors leurs raccourcis grotesques, leurs trous scénaristiques béants. Rust et Marty me manquent déjà.