Tu étais là
7.2
Tu étais là

Drama Netflix (2025)

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Sujet sensible et délicat à traiter, mais passer l’émotion primaire qui va se dégager, cette œuvre vaut-elle le détour? A mon grand regret, je n'ai pas pu mettre la main sur la version originale japonaise de 2016, qui elle même s'appuie sur le récit de Hideo Okuda "Naomi & Kanako". Alors attention, je préfère avertir qu'on est pas sur un récit totalement axé sur drame psychologique relatant de la violence conjugale. C'est loin d'être aussi basique et manichéen. "Tu étais là" est découpée en deux phases: une première sera ainsi développée autour d'un drame psychologique, puis une seconde orientée vers une phase thriller/action. C'est durant cette partie, plus intense, où la part de rebondissements sera mise en avant. Le plus important à retenir c'est qu'il va y avoir beaucoup de violence physique, mais aussi de torture morale et des scènes insoutenables. Voilà, pour les plus sensibles ou émotifs, autant vous préparer avant venir casser votre écran de rage ou plus simplement arrêter.


Elles portent le même nom, un présage? Cho Eun Su(Jeon So-Nee) et Cho Hui Su(Lee Yoo-Mi) sont amies. Mais depuis son mariage avec Noh Jin-Pyo(Jang Seung-Jo) il y deux ans, Hui Su, qui a mis de la distance, fait qu'elles ne se voient plus beaucoup. Eun Su est une manager efficace de boutique de luxe dans un grand magasin, tandis qu' Hui Su avait une carrière prometteuse d'illustratrice de livres pour enfants. Mais depuis son mariage, elle est devenue femme au foyer. Sans le savoir, les deux amies partagent un lourd secret: Eun Su a été élevée au sein d'un foyer où le père battait régulièrement sa mère, et Hui Su a épousé un mari ultra violent qui la bat pour le plaisir. Impossible pour elle de s'enfuir, désespérée, elle est au bord du suicide. Après quelques soupçons, Eun Su qui culpabilise ne d'avoir rien fait pour sauver sa mère dans sa jeunesse, décide de passer à l'action. Les femmes vont mettre au point un plan pour se débarrasser de cet homme ignoble. Sur leur route, un étrange individu d'origine chinoise, Jin So Baek(Lee Moo Saeng), un PDG de société de produits alimentaires leur viendra en aide. Mais dans quel intérêt? La route ne sera pas une partie de plaisir, plus dur sera la chute et il faudra en payer le prix.


La question qu'on va souvent se poser durant le drama est la suivante: jusqu’où iriez-vous pour sauver votre meilleur(e) ami(e)? Avant tout, il est bon de signaler que "Tu étais là" n'est pas juste un drama relatant une dénonciation simpliste d'une femme battue par son mari, et évite le piège de faire des généralités, en évitant de tomber dans les clichés habituels. Je veux dire par là que dans ce récit, on avance pas le message "toutes les femmes sont des victimes et tous les hommes sont des salauds". Vous comprendrez rapidement toute la complexité dans les comportements et des réactions de certaines personnes. On est pas dans le pathos gratuit, juste pour faire pleurer dans les chaumières. Il y a de l'intensité, de la profondeur et de la sincérité dans le propos. D'ailleurs on pourra faire plusieurs lectures de ce qui nous est proposé. C'est aussi une étude sociologique et sociétale qui va se superposer à la trame psychologique. Evidemment beaucoup d'émotions vont se dégager, en premier lieu de la rage et de la colère. Bien sûr, instinctivement j'ai eu envie d'émasculer le mari et de les lui faire bouffer. Vous allez être confronté au supplice de Tantale plusieurs fois durant le drama, car il y aura un deuxième impact, voire même un troisième. C'est tellement dense qu'entre les 4eme et 5eme épisode, j'ai cru a un relâchement fautif. Mais cet interlude salvatrice était juste là pour nous préparer à encaisser la suite.


Car si la première partie est très bien construite, on sait où on veut nous conduire, donc c'est sans surprises, même si c'est efficace car il y a toujours du rythme et de la tension. On s'attache rapidement à ces deux femmes liées par une douleur intrinsèque et qui vont lutter pour leur survie. La douleur de l'une c'est aussi la douleur de l'autre. Le malheur les fait fusionner, elles ne raisonnent plus, ce temps est révolu. Elles agissent et se révoltent. Je ne vous cache pas que j'étais un peu sceptique sur "l'après" car le début met le moteur en ébullition. En effet, il va y a certaines situations un peu trop téléphonées qui permettront de faire avancer l'histoire, sinon le risque d'aboutir à une impasse deviendrait évident. Comme on dit les chiens ne font pas des chats, et si Jin-Pyo était l'anti héros de la première phase, quand sa sœur Jin Yeong(Lee Ho-Jung) entre dans la place avec le retour de quelqu'un qu'on ne pensait jamais revoir, on va glisser dans une nouvelle dimension de l'horreur et du vice qui va dépasser l'entendement. Cette seconde partie est pour moi la meilleure, car les émotions qu'on éprouvait avant vont être décuplées. C'était déjà palpitant à suivre avant, mais l'après va remettre une couche qui fait encore plus mal: la douleur morale est souvent pire que la douleur physique, car elle s'étale dans le temps. On va passer par plusieurs phases durant le drama, la partie thriller étant pour moi la meilleure, cette ambiance étant plus noire, avec du suspense et des rebondissements plus ou moins réussis. Le tout est d'une efficacité redoutable.


Si la performance et le réalisme des situations sont au rendez vous, c'est bien sur grâce à une mise en scène de qualité et une histoire qui nous tiendront en haleine du début à la fin. C'est remarquablement filmé, et la photographie de jour comme de nuit est superbe. La musique, peu présente, est juste là quand il le faut. Mais s'il fallait souligner l'essentiel, c'est avant tout les dialogues servis par des comédiens et comédiennes impliquées à 100%. Si Jeon So-Nee, Lee Yoo-Mi et Lee Mu-Saeng font le job remarquablement, j'ai à peine reconnu Jang Seung-Jo qui nous livre une composition dantesque dont je ne vous dirais rien pour ne rien dévoiler. Mention très bien aussi à Lee Ho-Jung qui trouve ici un rôle à la mesure de son talent. Bien entendu, je ne vous dévoile que l'essentiel pour ne pas vous gâcher le plaisir du visionnage. Mais j'aurais quelques reproches à faire au drama. Tout d'abord il m'a manqué un épisode complet pour étoffer le personnage complexe de Jin So Baek autour de son histoire personnelle. Ensuite,

le retour de Jang Gang de Chine est aussi trop rapidement amené, on ne comprend pas trop son changement de personnalité, même si So Baek donne des éléments de réponse trop succins à mon goût.

Et puis on se permet des facilités scénaristiques autour de la flic qui m'ont profondément énervé, avec des choses non pertinentes et stupides. La conclusion est aussi trop consensuelle et d'une banalité affligeante. Il y a trop de moraline et pas d'effets subversifs. On reste dans le schéma classique de la vengeance, de l'abnégation, de la résilience, et de la punition. Il a manqué un épisode, ou du moins des séquences, pour venir appuyer le fait que les dangers et les traumatismes causés par les violentes conjugales peuvent survenir de partout. Personne n'est à l'abri. Vous verrez aussi plusieurs types de monstres. J'ai apprécié le fait que l'homme ne soit pas caricaturé, ce qui n'était pas chose aisée à faire. En définitive, ce drama s'est avéré être addictif, juste, faisant preuve d'une certaine finesse. Mais je reste un peu sur ma fin si je chipote, il a manqué une conclusion digne de ce nom.


"Tu étais là" reste néanmoins d'une redoutable efficacité, même si le scénario survole par moment la relation entre Jin So-Baek et Jo Eun-Su qu'on devine un peu plus subtile que cela. Certaines scènes sont aussi trop téléphonées car on a voulu trop bien faire. Dommage! Par contre la direction artistique est très bonne et les sentiments ressentis bien présents. Le très laid et le sordide vont côtoyer le très beau, la haine va s'affronter à un amour totalement désintéressé entre plusieurs personnes. Il a beaucoup de moments très violents à voir et à encaisser, certains à la limite du soutenable. Plus que la tristesse et la mélancolie, c'est la haine qui va dominer comme jamais le drama. L'emprise et comment s'en libérer est aussi au cœur du récit: l'emprise du passé de Eun-Su sur sa vie actuelle, et l'emprise de Hui-Su par son tortionnaire de mari. Ce qui relie les deux femmes est le sentiment de honte: honte de ne pas avoir dénoncer un père, et honte de ne pas avoir dénoncer un mari. On s'évertuera aussi à dénoncer la pression sociale et professionnelle pour mettre sous le tapis touts ces tragédies humaines. Au final une histoire poignante, sincère, authentique, qui fait froid dans le dos. Bref, ici c'est le cœur qui parle, donc même si ça vaut 7,5 je reste sur ma note de 8.


Juste pour rappeler que çà n’arrive pas qu’aux autres

En France, les dernières chiffres du ministère de l’intérieur montrent que la violence faite aux femmes en France est de près de 280 000 personnes par an, la libéralisation de la parole et un meilleur accueil des victimes faisant gonfler ce chiffre hallucinant mais encore loin de la vérité. Combien de femmes meurent encore sous les coups de leur conjoint dans le monde? Pour être tout à fait juste, la violence faites aux femmes serait de 85% et celles faites aux hommes (oui il existe aussi des hommes battus) serait de 15%. Une pensée pour toutes ces victimes.


Main Theme: As You Stood By | Official Trailer | Netflix

Créée

le 8 nov. 2025

Modifiée

le 8 nov. 2025

Critique lue 1.1K fois

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10
4

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