Saison 1 & 2
Revoir trente cinq ans après, "Twin Peaks", s'avère passionnant. Parce que je ne suis plus dans l'état de découverte, je suis dans un état d'attention éveillé. Le Wikipédia américain qualifie 'Twin Peaks" de mysterydrama série télévisée américaine surréaliste. Enfin, la traduction. Le premier épisode de Twin Peaks, réalisé par David Lynch a attiré environ 34 à 35 millions de spectateurs dans le monde lors de sa diffusion initiale en 1990, devenant un véritable phénomène. Les audiences certes baisseront et David Lynch ne réalisera qu'une poignée d'épisodes, et avec une grande maestria l'épisode 22, le final de la saison 2, la porte d'entrée à la saison 3 (dont il réalisera tous les épisodes). La musique d'Angelo Badalamanti en est l'élégant enrobage, presque toujours là ; sa présence parfois très douce donne de la cohérence à la série, s'adaptant avec les atmosphères, plaçant les chansons de Julee Cruise au bon moment, devenant liturgique quand elle creuse par sa dramaturgie sombre le drame à venir. La grammaire cinématographique est définie dans le pilote et la série la suivra scrupuleusement; les réalisateurs successifs se contenteront de faire des variations sans vraiment l'enrichir. C'est peu et beaucoup. Ce sont des plans récurrents, tels des rendez-vous entre la série et le spectateur : les majestueuses chutes d'eau, le vent dans les pins Douglas (un motif avec lequel David Lynch jouera franchement avec le fantastique dans la saison 3), l'hôtel du Grand Nord, le bureau du shérif, les néons du café de Norma, du double R, les feux tricolores nocturnes, le portrait iconique de Laura Palmer. Le ventilateur de plafond chez les Palmer, les plans de chouette, C'est une grammaire simple, répétitive et très efficace. "Twin Peaks" interpelle par son propos paradoxal : David Lynch créé une figure de sainte (publique), Laura Palmer, qui bien que morte, semble toujours "concerner" presque tous les personnages. Laura Palmer ne veut pas que le mal entre en elle - elle se fera tuer pour cela -. mais, au final, David Lynch fait triomphalement triompher le mal. "Fire walks with me" la formule satanique répétée par tant de personnages est énoncée dès le 1er épisode et sera souvent reprise. Sarah Palmer, la mère de Laura, y apercevra furtivement le visage de Bob. Le village de Twin Peaks est la "porte d'entrée" de la forêt "sur laquelle il faut garder un oeil", qui, elle même, abrite "une porte d'entrée". David Lynch met en scène un personnage atypique : Dale Cooper, agent du F.B.I., venu enquêter sur la mort de Laura Palmer. Le réalisateur apporte tout de suite une touche de fantaisie quand il s'agit de Dale Cooper. Il en fait un personnage en léger décalage, un peu candide, qui plaît ou non. Il est aussi "une porte" à lui tout seul avec ses rêves prémonitoires, ses visions exactes de ce qu'il connaîtra à la fin, qu'il semble l'avoir déjà vécu. Là, le terme de "döppleganger" (le mot est prononcé dans l'épisode 22) prend tout son sens car la série s'est déjà penchée sur cette notion avec l'apparition de la cousine de Laura Palmer, Madeleine Ferguson, que la même actrice incarne, en brune. Les rêves peuvent être interactifs comme avec le géant aux trois énigmes. Dale Cooper a des visions, c'est un être à part, son inimitable présence, son humour décalé anime agréablement la série. Dès le 4è épisode, il" tombe" dans le piège Twin Peaks/Forêt. Peut-être faisait-il illusion avec son optimisme tout terrain, car il s'avère être la "victime" d'un lourd passé, ce qui va occuper le terrain des épisodes suivants ;avec l'apparition d'un personnage horrible, dont chaque scène en sa présence est vraiment sadisante pour le spectateur. Les personnages médiumniques sont relativement nombreux. Ils sont primordiaux. les importants ; le Major Briggs, qui visiblement passe d'un monde à l'autre, et n'a pas le droit d'en parler, la femme à la bûche, Sarah Palmer. Cependant, à la longue, c'est le décalage complet entre les scènes "teen-movies" qui semblent interminables, et les scènes d'action qui vont de l'avant qui a du mal à s'appairer.. J'ai pris en grippe passagèrement, certains personnages. Le climat général de Twin Peaks est régi par la vénalité, la duplicité, le goût du secret, de la révélation. On se demande sans cesse qui complote avec qui et contre qui. Il y a ce "running gag" amusant : le feuilleton télévisé intitulé : "Invitation to love" qui ne montre que des images gore. C'est un de ces gags très lynchiens qui consistent à introduire un élément comique dans une scène plutôt anodine ou tragique et qui rend la série jouissive. Dès l'épisode 3, nous voyons les "rideaux rouges." Dès l'épisode 4, le shérif Truman parle "d'une dimension maléfique" de la forêt. Concomitamment, chacun mène son enquête. L'épisode 1 de la saison 2 est de nouveau réalisé par David Lynch et dure 1 h 30. Cet épisode est paradoxal dans le sens où il mélange de vraies scènes de cinéma aux scènes de "teen movies". Il place également Dale Cooper au centre du jeu. Lynch filme d'emblée une longue scène entre un très vieux garçon d'étage et Dale Cooper, allongé au sol ( on vient de lui tirer à bout portant). C'est une scène très drôle où Lynch joue sur la lenteur, la répétition, l'absurdité. Les épisodes sont souvent très amusants, quand les personnages entrent dans le jeu des autres mais ils peuvent être aussi dramatiques, ou neutres. Il y a des passages qui deviennent pénibles, à cause souvent de ses protagonistes. Les méfaits de ce personnage en fuite d'un asile psychiatrique qui survient fait peur, tant le mal est puissant. (Merci à Bob de lui cramer le cerveau dans l' épisode 22 ;) ) C'est en effet dans cet épisode que tout bascule où le döppelganger de Dale Cooper finira par lui courir après, alors que l'autre s'enfuit sous des lumières stroboscopiques et rencontre plein d'autres döpprlganger. On perd Dale Cooper, tel que l'on a connu, à tout jamais
David Lynch entame ici une œuvre qui deviendra oeuvre-monde dans la 3 ème saison, le retour. Critique à suivre
https://collider.com/twin-peaks-original-cast-david-lynch-birthday-celebration-january-2027-los-angeles/