C'est avec un peu de réticence que je me suis lancé dans cette seconde saison. Le temps avait passé depuis la première et je n'étais plus sûr de ce qui m'avait autant accroché à l'époque. Les premières minutes laborieuses de retrouvailles avec Rachel et Quinn ne m'ont pas vraiment rassuré, il a fallu retrouver ses marques avec toute la distribution mais une fois la machine lancée les rouages se remettent à tourner à toute vitesse. La mise en abîme fonctionne à la perfection : si les productrices font pleuvoir les misères sur la tête des candidat(e)s, les scénaristes n'hésitent pas à y aller franchement avec leurs personnages. Décès, infertilité, viol et bien entendu tous les coups bas qui font le quotidien de cette télé-réalité toujours plus atroce.
Une très bonne saison qui se termine par un deus ex-machina extrêmement décevant, puisque le conflit majeur qui s'est noué progressivement est désamorcé en deux temps : d'une part une "source" sortie de nulle part permet à Quinn et Rachel de s'affranchir de Coleman dès les premières secondes, puis Jérémy décide de saboter la voiture pour se débarrasser une bonne fois pour toute des gêneurs.
Le problème principal de ce dénouement, au-delà de son caractère pour le moins bâclé, est l'utilisation du viol de Rachel comme double pivot. Au lieu de traiter cette information primordiale pour la compréhension du personnage comme un trait de caractère à part entière et lui accorder l'importance que le sujet mérite, elle est utilisée ici une première fois comme simple ressort narratif pour justifier le désintérêt de Coleman, puis une seconde fois pour expliquer le retour de Jérémy et l'absolution qu'il donne à Rachel.
Il est certes possible d'avoir un personnage masculin réagissant mal à une telle nouvelle, mais il s'agit ici d'un levier cynique pour pousser Coleman dans le rôle du méchant, lui qui jusqu'ici était écrit comme un personnage masculin sincèrement intéressé par Rachel. Il est de la même manière possible pour un personnage masculin de reconsidérer les actions d'une ex à travers ce nouveau prisme, mais de là à le faire passer d'ivrogne ruminant à saboteur de voiture pour la sauver en l'espace de quelques minutes il y a un pas beaucoup trop important.
Qu'un sujet aussi délicat, dans une série caractérisée par des personnages féminins aussi forts, puisse être utilisée aussi légèrement et à des fins uniquement scénartistiques, sans qu'il en ressorte aucun développement personnel chez le personnage est une sacrée trahison. Je leur pardonnerai en imaginant qu'il s'agit d'un remaniement de dernière minute pour être capable d'enchaîner sur une troisième saison et que les scénaristes avaient en tête une réelle fin pour clore cette saison particulièrement réussie.