Il y avait de quoi espérer. Reprendre V, série culte des années 80, avec des moyens modernes, un contexte géopolitique encore plus propice à la paranoïa et aux manipulations… Le terrain était idéal pour un thriller de science-fiction dense et intelligent. Malheureusement, V (ABC, 2009) s’avère rapidement incapable d’assumer les ambitions qu’elle laissait entrevoir.
Le premier épisode séduit. Les Visiteurs arrivent, tout est beau, lisse, inquiétant en coulisses. Les thèmes de la manipulation des masses, de l’infiltration, du contrôle de l’information sont mis en place avec efficacité. Mais très vite, la série s’embourbe. Les enjeux qui auraient dû s’intensifier au fil des épisodes stagnent, les révélations se font prévisibles, et le suspense devient mécanique. On assiste, frustré, à une série qui semble constamment reculer au lieu d’oser.
Là où l’attachement aux personnages aurait pu compenser les faiblesses du scénario, V échoue également. Erica Evans (Elizabeth Mitchell), pourtant héroïne centrale, reste enfermée dans des dilemmes convenus. Le charisme glacial d’Anna (Morena Baccarin) fait illusion au début, mais finit par tourner à vide, tant le personnage manque de profondeur psychologique. Même les relations secondaires, qui auraient pu offrir des respirations émotionnelles, semblent survolées et sans véritable impact.
L’un des aspects les plus frustrants reste cette sensation de potentiel gâché. À chaque épisode, on devine ce que la série aurait pu être : une réflexion acide sur le pouvoir, la peur de l’autre, le contrôle des populations. Mais au lieu de plonger dans ces thématiques, la série reste à la surface, privilégiant des rebondissements artificiels et des intrigues secondaires sans relief.
Visuellement correcte mais sans identité marquante, la réalisation reste fonctionnelle. Les effets spéciaux, acceptables à l’époque, n’aident pas à masquer une mise en scène souvent plate. Tout semble propre, calibré, mais dénué de cette tension viscérale que le sujet exigeait.
Au final, V (2009) illustre parfaitement ce qu’on redoute d’un reboot : une série qui possède tous les ingrédients d’un grand récit de science-fiction, mais qui refuse de prendre des risques. Mon ressenti, profondément frustré, se traduit par un 5.5/10 : ni désastreuse, ni satisfaisante, simplement terriblement décevante au regard de ce qu’elle aurait pu offrir.