Young Sherlock
6.3
Young Sherlock

Série Prime Video (2026)

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Normalement, tout est bon à prendre lorsqu'il s'agit de Sherlock Holmes et que l'on aime le personnage et son univers : séries, films, nouveaux textes, illustrations....Normalement.....

Parlons ici uniquement de séries.

Même si certaines sont plus faibles que d'autres, aucune des moins goûteuses n'avaient été un tel naufrage que ce Young Sheldon.

On débarque dans une sorte de feuilleton qui rappelle furieusement le style et les engrenages des pires feuilletons paraissant au XIXe siècle dans les journaux ou imprimés en petits fascicules bon marché sur du mauvais papier à destination d'un lectorat populaire alors peu lettrés et peu regardant sur la qualité des récits. J'ai tenu à voir les huit épisodes jusqu'à la dernière seconde pour voir jusqu'où cela se perdrait.

Dans toute fiction, il faut mettre du sien pour y croire et la foi du lecteur ou spectateur dépend tout de même de la qualité du texte ou du scénario et de sa mise en images. Pour faire croire au spectateur ou lecteur que la couronne du roi est en or et pas en carton doré, il faut un récit solide.

On peut accepter de mettre de la bonne volonté pour pallier les coups de canifs dans les cohérences dans certaines séries quand les qualités sont vraiment supérieures aux défauts mais, parfois, quand le tout est défectueux, cela ne fonctionne pas du tout, c'est le cas ici avec Young Sheldon. Que ce soit en VO ou en français, rien n'y fait. Le texte n'y est pas. On demande tout de même un minimum de dialogues un peu travaillés, on ne demande pas du ciselé mais, entre des dialogues banaux et convenus et les dialogues de haute volée, ll y a de la place pour du dialogue un peu goûtu.


Tous les mauvais ingrédients, eux, sont présents : le rocambolesque à tout prix avec moult incohérences dignes des feuilletons du XIXe cités plus haut, les clichés tenaces, la pincée d'exotisme qui à 95% ne sert pas le récit, les personnages secondaires stéréotypés et sans un micron d'épaisseur, des acteurs pas crédibles dans leurs rôles, ils n'habitent pas du tout les personnages (que font dans cette galère Fiennes et Firth ?....) Le tout se déplaçant dans des décors auxquels on a vraiment du mal à croire, encore en studio un nième XIXe siècle fantasmé, des costumes ne reflétant pas toujours l'époque, des scènes de bagarres risibles, des effets spéciaux basiques, du simili spectaculaire qui tombe à plat. Ajoutons un montage cahotant qui n'a même pas évacué les nombreuses longueurs n'apportant rien d'essentiel au récit. Même le générique est crispant et la bande son un boulet supplémentaire.


Mais, surtout, l'énorme problème est le suivant : que ce soit Sherlock, Mycroft, Moriarty et même Lestrade, aucun de ces personnages dont la jeune psychologie est décrite n'aurait abouti au caractère des personnages adultes décrits dans le canon écrit par Doyle et à ceux décrits dans la plupart des séries.


Dans Young Sherlock, les acteurs sont interchangeables, les rôles pourraient être redistribués entre les acteurs que cela ne changerait rien. Le personnage de Sherlock est complexe et tout le monde ne peut pas endosser un personnage aussi immense ni lui écrire une jeunesse sans maîtriser la psychologie du personnage qu'une simple lecture du canon permet de comprendre.


Les scénaristes ont fait une grossière erreur en ne prenant pas en compte la personnalité et psychologie des personnages principaux originels pour remonter dans le temps. A se demander si ils ont même lu le canon et vus les autres versions mises en images.


Adapter, ce n'est pas faire n'importe quoi, faire table rase des ingrédients originels indispensables. Empiler des événements peu crédibles en espérant un miracle final n'a rien d'innovant. On n'est pas original par magie ou en tablant sur le hasard.


Pour ne retenir que les plus récentes adaptations, le Sherlock, le Mycroft, le Lestrade et la Hudson de Elementary sont crédibles dans leur nouvel environnement , idem pour le Sherlock, le Mycroft, le Moriarty, le Lestrade et la Hudson de la BBC. Pourtant les personnages et les univers de Elementary et du Sherlock de la BBC sont traités de manière très différentes. Mais il est facile d'y croire, on entre de suite dans les histoires même si elles ne sont pas exactement calquées sur le canon, on s'attache aux personnages. Ces deux Sherlock tellement différents ont la même cohérence avec le Sherlock littéraire.


Moriarty est un excellent vilain et dans Young Sherlock on voit seulement un jeune homme à la moralité élastique qui sent le petit voyou mais pas le futur maître du crime. Au mieux, il ferait un voleur de calèche acceptable.

Quand on pense qu'Andrew Scott, en quelques minutes à l'écran, en quelques lignes (la scène de la piscine), a donné vie à un magistral Moriarty !


Il serait bon que d'autres scénaristes s'emparent de l'idée de la vie du jeune Sherlock comme cela a été bellement réussi quand le Sherlock adulte a été projeté au XXe siècle.

Que quelqu'un sorte quelque chose de vraiment innovant, de travaillé, des personnages auxquels on va croire, que l'on va aimer ou détester dans un XIXe siècle un peu moins en carton pâte, avec des acteurs plus impliqués et motivés.

Dans Young Sheldon, aucun personnage ne donne envie de s'y attacher que ce soit pour l'aimer ou le détester. Or, un personnage qui ne prend pas vie n'existe pas, le livre (ou la série ou le film) passe aux oubliettes.


La dernière scène ouvre la porte vers une seconde saison. Il est difficile de croire que cela va s'améliorer étant donné les bases posées dans la première saison.


On apprend au passage que Lestrade possède des chèvres.


Savez-vous qu'il existe une série russe intitulée ''' Sherlock Holmes et Dr Watson""" et qui date de 1979 ?

On la trouve assez facilement et elle est sous-titrée en français et en anglais. C'est très mal traduit, mais vous arriverez à suivre surtout si vous connaissez le canon. Chaque épisode dure entre 1h et 1h15.

Il y a des aspects amusants car la reconstitution d'un London du XIXe et de Baker Street à la sauce russe est bien entendu parfois un peu atypique. Vous apprécierez sans doute la décoration que Watson installe dans sa chambre avec le tapis sur le mur comme cela se pratique en Russie.

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le 7 mars 2026

Critique lue 730 fois

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