Nan nan nan nan nanananananan les mecs qu’est-ce qui s’est passé là sérieusement ? Vous avez mangé trop de guimauve ou quoi ?
Franchement, on vous a connu, vous étiez des grands pontes incontournables de la scène metal ET de la scène jazz, le blackjazz étant l’un des mariages les plus improbables mais pourtant les plus énergiques, planants, destructeurs et j’en passe des adjectifs les plus dithyrambiques pour vous qualifier, vous avez passé 18 ans à vous forger un parcours hors norme et du commun, tout ça pour en arriver à ÇA ?
À titre de rappel, Shining est probablement l’un des groupes les plus originaux des deux dernières décennies, passés du free jazz au prog pour en arriver au jazz black metal, avec une discographie au beau fixe à chaque nouvelle sortie, confirmant toujours plus son statut de groupe majeur. Eh bien, quid de leur état aujourd’hui ?
- Les chants gutturaux explosifs ? Bye-bye.
- Le jazz anarchico-chaotique ? Tintin.
- Tout le toutim extrême ? Gone.
- Le metal prog ? Désolé.
- Le saxophone méga-burné ? PARTI AUSSI PUTAIN !
Ces 18 ans de musique extrêmes n’auront été qu’un prétexte à Shining pour devenir un groupe… « commercial » ? D’ordinaire je ne supporte pas ce mot mais là franchement, c’est tout ce qui me vient à l’esprit, quand tout ce qui faisait le sel d’un groupe expérimental passe aux oubliettes pour ne plus donner que ça.
Donc voilà, Animal c’est un truc mou, fade, ultra-formaté, qui sent le matériau de récup à quinze octaves à la ronde, du rythme au chant emo éraillé jusqu’à la racine des yeux, qui fait mal à la tête et pour lequel tu ne bats du pied que par pitié… De loin on perçoit quelques pauvres notes de synthé pop nul, des rythmiques vues et revues, rien de quoi rehausser le niveau ou ne rappelant le bon vieux blackjazz des familles… On croirait entendre un mashup désespéré de Nickelback et Methods of Mayhem, pas les meilleures des références donc...
Donc que peut-il éventuellement rester de l’ancien Shining, celui du blackjazz démentiel ? Éventuellement quelques mélodies à la consonnance légèrement indus et une ou deux lignes du chant de Munkeby les rares fois où il finit par se rendre compte qu’il s’est trompé de groupe pour faire cette gerbe, mais ça ne suffit vraiment par à sauver tout un album de 35 minutes.
Un morceau à sauver éventuellement dans ce fourbi dégoulinant de metal à la guimauve ? « My Church » peut-être, dont le refrain repose sur un crescendo éloquent, « Take Me » et « Animal » en prime s’il ne fallait en garder que trois, pour leur lointaine filiation avec le Shining d’antan, mais tout le reste, la décharge du black et de la musique indus, même pas du jazz puisqu’il n’y en a plus…
Alors oui, un mauvais album dans une discographie immaculée ça arrive parfois, c’est normal qu’un groupe s’égare de temps en temps, mais vu que cet album été annoncé comme un « tournant radical » dans la musique de Shining… Franchement, il y a de quoi avoir peur…