Disensitise
7.4
Disensitise

Album de Discharge (2009)

Discharge a été au tout début des années 80 l'un des fers de lance (avec notamment Chaos UK, GBH et Exploited) de le seconde vague de punk anglais, plus rapide et plus agressive musicalement parlant, celui dont l'importance se mesure au fait qu'il a donné naissance à deux sous genres du punk assez proches l'un de l'autre le crust et le D.Beat. Un groupe incontournable, qui après plusieurs disques plus qu'honorables dont le mythique (je pèse mes mots) « Hear nothing see nothing say nothing » (1982), album qui a influencé des centaines de groupes, a lentement décliné à la fin des années 80 puis dans les années 90, entre séparation, galères et albums indécents (notamment celui sorti en 86 et sonnant comme du mauvais heavy metal et dont je préfère taire le nom!). Deux petits albums dans les années 90, toujours tourné métal et on croyait Discharge définitivement disparu. Mais les éloges reçus tant de la part des ténors du punks « troisième vague » que de métalleux (Metallica, Slayer) comme influence majeure ont décidé le groupe à revenir et à revenir plus fort au début des années 2000, avec tout d'abord l'excellent album « Discharge » (2002). Les groupes de métal ont mis un peu de punk dans leurs riffs ? Eux feront l'inverse : ils mettront un peu de métal (surtout du thrash) dans leurs guitares.
Le groupe est donc revenu au style de ses débuts avec un meilleur son et une meilleur production dans leur compositions (certains pourront regretter que la production soit si bonne mais pas moi car rares sont les groupes punk à pouvoir avoir une production à la hauteur, même si le côté basique et primaire disparaît un peu ; personnellement je ne trouve pas que la production nuise à l'agressivité, au contraire elle est encore mieux mise en valeur).
Un retour aux sources remarquables après 15 ans d'errance. Et surtout Discharge a décidé de privilégier les concerts dans les circuits « underground », les squatts ou lieux alternatifs au contact de son public de toujours.
Puis enfin « Disensitise », sorti en 2008, qui reste du même calibre, sorte de « Hear nothing » mélangeant leur punk au meilleur du thrash métal, des riffs incisifs comme un sabre japonais.
On en revient au fameux D-Beat, propre au groupe, ce rythme si particulier, rapide, articulé autour d'une basse / batterie rapides et sans relâche, de gros riffs de « Bones » le guitariste et d'un chant punk hurlé certes mais légèrement chaloupé et ondulé qui donne une cadence si unique.
Sur cet album « Rat » a remplacé le chanteur historique du groupe « Cal » mais la différence est minime car Rat officie également dans Varukers, autre vétéran punk anglais des années 80 et qui navigue dans un registre proche, des frères d'armes donc ! Et il tient bien la route, pas de soucis, on peut envoyer la sauce (décidemment ils sont increvable ces punks anglais, une grande partie des groupes des années 80 sont encore en acticité !).
Ecoutez les deux premiers morceaux (« Blood of the innocence » et « Cctv »), les meilleurs titres de l'album) c'est comme prendre une décharge de 20000 volts dans la face. Idem pour «You have the gun »; on peut également citer comme “rouleau compresseur” « They lie you die », Web of disadvantage » ou encore « Kept in the dark ». Et bien sûr le mémorable "You have the gun"
Alors bien sur certains diront (et fait avouer que ce n'est pas faux) que les titres se ressemblent tous plus ou moins, que c'est un peu monocorde, avec peu de variantes. On peut également dire la même chose pour AC/DC, Motorhead ou Ramones. Discharge a essayé d'évoluer dans son style, cela n'a pas marché donc autant revenir, pour notre plus grand plaisir, à ce qu'ils savent faire le mieux : du punk décapant, un zeste de métal, de gros riffs, le tout exécuté très vite et le tour est joué.
Et au niveau des textes Discharge est toujours en révolte, en guerre contre le système et ses dérives. Et de s'insurger dans le pur style anarcho-punk, même si Discharge n’est pas directement affilié à ce courant tout en étant proche au niveau des thématiques abordées quoique moins politisés que CRASS ou Conflict (bien sur les paroles ne sont pas du niveau de Dead Kennedys ou CRASS) : la police, la guerre, les médias, le capitalisme, l'abrutissement des masses tout y passe.
Discharge hurle sa rage mais hurle avec maestria.
Ceux qui en étaient restés à Discharge de 81-82 allez vite écouter cet album car en 25 ans si le style est quasiment le même le son a évolué, le groupe a progressé et s'est largement bonifié.
De toute façon qu'on aime ou pas Discharge, on est ici dans le top 10 du punk, tout pays et toute époque confondue, un groupe à jamais majeur et indéboulonnable. Et « Disensitise » en est une nouvelle preuve. Une tuerie tout simplement.
Note 8,5/10 arrondie à 9/10

nico94
9

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le 2 août 2019

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nico94

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