Ses poumons sont un violon sur lequel ton archet joue.

Avis sur Never Were the Way She Was

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Si vous voulez sauter ma petite intro et voir directement la critique, sautez au §4

15 avril 2015 : ma joie est à son comble, Colin Stetson refait un crochet par la Suisse dans le cadre d'une tournée en Europe. Le bougre n'était plus revenu depuis 2012 dans ces contrées que j'arpente, à l'occasion de la série de concerts célébrant les quinze ans du label sur lequel il joue. Mais cette fois il n'est pas seul ! La pétillante Sarah Neufeld, violoniste notamment pour Arcade Fire, l'accompagne de son coup d'archet précis.

Mon excitation tenait principalement dans le fait de revoir Stetson sur scène et de pleinement profiter de toute la puissance de son exceptionnel talent musical, car n'ayant pas encore écouté les compos de Miss Neufeld je ne savais pas à quoi m'attendre de sa part... les bouts de live montrant le duo n'étaient pas très nombreux à ce moment (j'avais uniquement pu profiter de The Sun Roars Into View à l'époque) il m'était impossible de me forger la moindre certitude, mais pas d'avoir une intuition : ces deux-là étaient en train de nous préparer une expérience musicale assez folle.

Ce fameux 15 avril 2015 je fis le chemin jusqu'au Bad Bonn de Düdingen accompagné de Lantern_Paerson, convaincu, et d'un autre ami, sceptique, pour voir nos deux zigotos s'activer sur scène. Notre première constatation fut de réaliser que l'endroit était finalement assez perdu dans la nature, en marge de la petite ville l'abritant, lui donnant un aspect discret et chaleureux indéniable, et la toute petite scène de la salle renforçait une ambiance intimiste absolument parfaite pour profiter du spectacle. Après une première partie noise assurée par l'artiste Zitto & Zitto - très bizarre par moments, mais que je retiendrai comme une expérience de son surround assez rigolote - les voilà enfin ! Stetson avait préparé ses munitions parmi lesquelles son saxophone basse inséparable de l'image de l'artiste, son saxophone alto plus classique et un troisième instrument assez particulier s'avérant finalement être une clarinette contrebasse et qui, malgré ses petits tuyaux, joue une octave sous son basse (vraiment ce truc était hallucinant !! et ressemblait à ceci). Neufeld, elle, arrivait simplement équipée de son violon et de sa grâce scénique.

Puis s'ensuivit une petite heure de concert... un concert d'un régal absolu clouant pour toujours le bec des doutes que j'avais à l'égard de ce duo : il est parfait. Toute la force des loops et la puissance des sons de Stetson se trouvent soudainement portées par la grâce et la légèreté d'un violon manié avec brio qui apporte la douceur manquant à cette force brutasse. Tout y est joué dans un équilibre ne permettant jamais vraiment à l'un de prendre l'ascendant sur l'autre, leur symbiose est totale et d'un mélange de délicatesse et de force mirifique. De plus, les passages "chants de gorge" de Stetson étaient soutenus par la voix douce de Sarah Neufeld, ça donnait le sentiment de sceller leur duo et c'était bienvenu ! Entrelacés dans les sons oniriques se trouvent soudain des compositions presque cauchemardesques comme With The Dark Hug Of Time , rendues grâce à la clarinette contrebasse dont les sons gras vont vraiment aux tripes (j'insiste, c'était incroyable). Et Sarah Neufeld ajoutait de l'intensité en martelant la scène de son talon (la pauvre devait avoir tellement mal au pied à la fin). Le concert a également été parsemé d'un solo de chaque artiste pour nous rappeler que chacun a sa propre carrière. Enfin bref, ils réussissent à merveille dans ce qu'ils ont entrepris et c'était parfait. Tout simplement parfait. À la fin du concert nous avons pu avoir accès en exclusivité à l'album à deux semaines de sa sortie, album sur lequel je me suis naturellement jeté et que j'écoute à l'instant en écrivant cette critique, frissonnant de pouvoir retrouver les mêmes sensations que j'ai eues hier soir dans ce Bad Bonn. J'étais aux anges et l'ami sceptique a été conquis. Cette soirée n'aurait pu être mieux.

Colin Stetson & Sarah Neufeld ont su réaliser une œuvre unique et captivante en alliant leurs talents respectifs et si vous êtes fan de l'un ou de l'autre, ne passez pas à côté de cet album. Et si vous avez des doutes sur la qualité de cette musique : mettez des écouteurs, lancez l'album et fermez les yeux. Vous changerez probablement d'avis.

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