Avec ce deuxième album, Anna Ternheim sème au vent ses textes intimistes dans un champ plus étendu que pouvait prétendre le précédent. Separation Road peut être considéré comme une réussite dans le sens où Anna Ternheim et sa production ont su trouver l'équilibre entre une folk exigeante et une orchestration tentée par une présence symphonique qui sait disparaître au moment opportun. Car la force d'Anna Ternheim réside dans cette voix nue capable de donner aux textes simples une profondeur émotionnelle pénétrante. Anna n'est jamais aussi proche de la perfection lorsque les instruments prennent des allures d'ombres ou s'effacent. Et c'est tout le bonheur des dix chansons (on ne compte pas l'Intro) supplémentaires de Naked Versions II, ce chemin de traverse qui se sépare de la voie tracée par les dix autres morceaux (on ne compte toujours pas l'Intro) de Separation Road. Les violons de Halfway to Fivepoints s'éloignent. La guitare demeure fidèle et invite des violons (Lovers Dream), une trompette (Highlands) ou un vibraphone (Such a Lonely Soul). Elle laisse même sa place à un piano frappant dans les graves sur une variante acoustique de Girls Laying Down. Et plus qu'ailleurs le souffle mélodique d'Anna se place en avant. Les chansons de cette seconde partie coulent, quasi minérales, comme de l'eau de roche jusqu'à cet émouvant Nights in Goodville qui sera à peine égalé plus tard par Summer Rain dans l'album suivant (Leaving on a May Day) ou Ghost of a Man dans le quatrième album (The Night Visitor).
Est-ce donc ici que nos routes se séparent ? Non, évidemment. Avec Anna Ternheim nous ne sommes pas au bout de nos peines ou plutôt de ses peines qu'elle sait si bien décrire et sublimer par ses chansons.