Cela fait maintenant une bonne dizaine d'années que j'écoute Motörhead, depuis le collège à vrai dire : j'ai toujours été un admiratif de Lemmy et sa troupe, peu importe l'époque. C'est alors en écoutant un live du groupe, notamment celui du Wacken 2006, que Lemmy balance au public qu'il va jouer une chanson d'un album que tout le monde détestait bien avant que la moitié de la fosse ne soit née (sacré Lemmy !), avant d'annoncer « Another Perfect Day ».


Est-ce si mauvais que ça ? Au point de le cracher sur scène des décennies plus tard ? Au point de vouloir jouer un titre juste pour emmerder les puristes ? Naturellement, je me devais d'aller écouter.


Un peu de contexte avant tout, car c'est un disque avec une histoire bien à part.


En 1982, en pleine tournée américaine pour l'album Iron Fist, c'est le carnage. Fast Eddie Clarke claque la porte sur un coup de tête, notamment parce qu'il ne supporte plus Lemmy et le projet de duo avec Wendy O. Williams. Le trio historique du groupe vole en éclats. Lemmy doit faire vite et trouver un autre guitariste en urgence. Ayant vu un live de Thin Lizzy, le frontman porte son choix sur le soliste légendaire du groupe, Brian « Robbo » Robertson, qui accepte... sous certaines conditions.


On ne va pas se mentir : Robbo n'en a rien à foutre des bécanes et du son sale proposé par Motörhead. Il va même jusqu'à défoncer le style de jeu de Fast Eddie, le traitant de dégueulasse et de zéro pointé techniquement. C'est dans ce climat électrique qu'est enregistré Another Perfect Day.


Et bien...


c'est le meilleur album de Motörhead.


Oui, je le redis : c'est bel et bien leur chef-d'œuvre.


Another Perfect Day possède tout : de la mélodie, du hard rock, du blues, du groove... Et 43 ans après sa sortie, il n'a pas pris une seule ride. Grâce à Robbo, Motörhead a pu sortir de son style si caractéristique pour en faire quelque chose d'encore plus efficace, dont on ressort rarement inchangé, avec des solos de guitare inoubliables (la claque « One Track Mind » en tête). C'est un album qui s'écoute de A à Z sans pause. C'est possiblement le disque qui ressemble le plus à Hawkwind (le premier groupe de Lemmy) grâce à ses chansons qui frôlent le psychédélisme et ses tempos plus lourds.


« Back at the Funny Farm » est une excellente intro où l'on entend le groupe discuter au début, nous plongeant direct dans l'album avant de venir nous tabasser les oreilles petit à petit avec la basse indémodable de Lemmy et le jeu inégalable de Robbo. S'ensuit « Shine », qui groove, groove et groove encore. C'est à l'heure actuelle ma chanson préférée de Motörhead, si ce n'est de toujours : tout y est parfait, la guitare, la voix, la batterie, le tempo, le thème... « Dancing on Your Grave » est un classique absolu grâce à son arpège distordu, ses effets d'écho et ses guitares overdubblées. Bref, inutile de citer toutes les pistes : le reste de l'album est au même niveau et vous envoie en pleine face ce que Motörhead sait faire de mieux : du bruit, du groove et du rock.


Mais reste alors un point fondamental : pourquoi l'album a-t-il été si détesté ? Voir même haï...


Rupture de style ? Je ne comprends pas cet argument : Motörhead reste Motörhead, le son s'est juste affiné.

Mauvais timing après la sortie du live No Sleep 'til Hammersmith en 1981, qui était un condensé de violence brute ? C'est probable : le public voulait se faire poncer le crâne, pas écouter des subtilités mélodiques.


Mais la vraie clé, c'est l'attitude de Robbo. Ça, on peut le comprendre... Se pointer au sein d'un groupe légendaire, vouloir tout changer jusqu'au grain de guitare, empiler les overdubs en studio, se ramener sur scène en petit shorty-débardeur et refuser catégoriquement de jouer les classiques comme « Overkill » ou « Ace of Spades » sous prétexte que c'est trop simpliste... On frôlait l'insulte pure et simple pour les fans de la première heure.


Conclusion : Another Perfect Day est un chef-d'œuvre maudit, victime du conservatisme des métalleux de l'époque et du sabotage visuel d'un guitariste ingérable. En balançant ces morceaux à Wacken 23 ans plus tard, Lemmy offrait la plus belle des revanches à ce disque : prouver à 70 000 personnes que le temps finit toujours par donner raison aux grands albums, et qu'il avait eu raison avant tout le monde.


jrnathann
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il y a 2 heures

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