Berserker
5.9
Berserker

Album de Gary Numan (1984)

Gary a toujours produit de bons albums, et même si Warriors de 1983 était légèrement en-dessous de ses prédécesseurs, il tenait bien la route. Cette infériorité s'explique sans doutes par sa gestation compliquée, dont la responsabilité revient au label de Gary, qui lui imposa un co-producteur en échange d'un budget de fou, alors qu'il préfère travailler tout seul. Ceci poussa Gary a fondé son propre label, NumaRecords, dont Berserker sera la première sortie.

Là où Warriors reprenait plus ou moins le principe funk synthétique de Dance et I, Assassin, ici la rupture est nette avec une orientation beaucoup plus mainstream proche de l'Hi-NRG alors vachement à la mode, mais sauce Numan. Ça promet d'être intéressant, vu comme ça, mais faut croire que Gary va faire face à un manque d'inspiration important pendant le processus de composition. La pochette est sympa, un peu douteuse sur les bords mais ça reste toujours plus classe que celle de Strange Charm ou Metal Rhythm.

Bien-sûr, le point d'orgue de l'album, c'est le morceau-titre. Dès les premières secondes, il montre l'intérêt de Gary pour les nouvelles techniques de production, avec un chœur féminin échantilloné. Ça peut paraître un peu kitsch aujourd'hui, mais à l'époque c'était super stylé... et puis non, c'est encore cool. La programmation de la LinnDrum est beaucoup plus simple que d'habitude, et il y a aussi des synthés digitaux qui apparaissent, mais ce qu'on perd en complexité se retrouve en efficacité, car 'Berserker' est un fucking bon titre, bien construit, haletant, et avec ses nappes trop darks, il distille une certaine excitation et une ambiance SF cyberpunk bien gérée. Les chœurs féminins occupent une place importante, mais c'est plutôt un bon choix, car, en plus du fait que c'est l'ouverture ça donne l'impression de rentrer dans un monde étrange peuplé de madames étranges dans lequel Gary se serait perdu. Les lyrics sont pas trop mauvais non plus, ils renforcent le côté épique des synthés avec l'idée que Gary a été attendu très très longtemps et qu'il est enfin revenu pour en découdre.

Bon, c'est génial tout ça, si le reste est du même niveau l'album sera encore meilleur que Warriors ! Mais, l'espoir disparaît progressivement sur les six pistes suivantes : 'This Is New Love' reprend la même recette, LinnDrum et chœur féminin imposant, basse slappée, lyrics poursuivant l'idée de l'entrée dans un monde étrange ('We are strangers here / I suppose / We are not welcome / Or so I'm told'), morceau long, même type de chant pour Gary ; sauf qu'ici, ça fonctionne moins bien, à cause d'une longueur un peu inutile (4 minutes auraient suffit) et d'un chœur complètement à côté sur le refrain. Gary a l'air trop content de 'Berserker' pour se risquer à tenter autre chose, on dirait qu'il espère ainsi faire coup d'éclat sur coup d'éclat, mais ça ne peut pas marcher comme ça. 'This Is New Love' est tout de même un bon morceau, sauvé par sa cocotte de guitare trop cool, et un petit côté Prince période 'Kiss'. Sauf que l'album baisse encore en qualité avec 'The Secret', sorte de synth-pop mainstream pas très innovante qui tente la fusion entre le côté dark de l'ouverture et l'aspect plus ordinaire de la précédente. Gary suit toujours la même recette, avec la programmation de LinnDrum toujours similaire, même tonalité mêmes nappes sombres même basse slappée même chœur féminin de plus en plus insupportable tant il prend de la place même lyrics à la BladeRunner, et sans vraiment savoir pourquoi, ça fonctionne encore moins bien... peut-être à cause de la lassitude qui s'installe dejà. 'My Dying Machine' nous refait le coup du morceau dark, mais se salope tout seul avec une longueur excessive et une petite gimmick synthétique qui tourne en boucle sans varier pendant ces très longues 5 minutes et demie. J'vous avoue que la version longue de 9 minutes m'attire pas trop pour le coup. Toujours le même tempo, la même tonalité, les mêmes lyrics SF, le même chœur qui devrait définitivement rester à sa place au lieu de nous les briser pour faire genre que Gary évolue parmi des créatures étranges, c'est bon Gary, j'ai compris. 'Cold Warning' tente enfin un truc avec une intro orientale, puis finalement il décide de s'en foutre et de retomber dans la recette de 'My Dying Machine'. Quand je vous dis que c'est la même chose, c'est vraiment la MÊME CHOSE, on retrouve la même rythmique binaire, les mêmes nappes sombres, et même une nouvelle gimmick qui se répète à l'infini sans varier, encore ce foutu chœur, et le tout pour un morceau une nouvelle fois beaucoup trop long. Sur 'Pump Me Up', Gary nous refait 'This Is New Love' façon Human League à cause de ce chœur encore plus important que sur les morceaux précédents, à tel point que Gary à l'air d'être un feat sur son propre disque. On retrouve les mêmes ingrédients qu'auparavant, LinnDrum binaire, etc. vous commencez à savoir. Le morceau s'en sort à peu près, sans que ça soit vraiment convaincant, ça fonctionne sans être incroyable disons. Avec 'The God Film', Gary retourne un peu à la complexité de Dance et I, Assassin, par une rythmique moins régulière et par un enchevêtrement de nappes synthétiques assez convaincant. Le morceau arrive trop tard malheureusement, manque d'un détail marquant et semble plus servir de remplissage qu'autre chose, ou n'être qu'une espèce d'interlude. 3 minutes après, on l'a oublié.

Le problème de Berserker, c'est qu'il n'arrive pas à trouver l'équilibre entre unité et efficacité. Chaque titre devrait avoir un rôle, alors qu'ici, ils cherchent tous la même efficacité mainstream, ce qui fait qu'indépendamment des autres, ils fonctionnent tous très bien, mais dans un LP, on a vite l'impression d'avoir fait le tour. Ça reste tout de même sympa, ne serait-ce que pour la piste éponyme, et la production réussie : le son est clair, tout ressort bien, on est à des années-lumières des deux espèces de trucs qui vont suivre. Mais, à force de répéter toujours la même chose, on se lasse, évidemment, et en plus du fait que le sommet de l'album est arrivé trop tôt, l'efficacité recherchée s'inverse.

'Child With the Ghost' rattrape la situation, ici Gary tente enfin quelque chose de neuf puisqu'il s'agit d'une ballade ; mais une ballade façon Berserker. C'est un hommage à Paul Gardiner, le bassiste de Gary qui est mort d'une overdose cette année là. Les lyrics sont bons : 'Nothing I can say / Can make your picture talk' ; 'If I had one wish / I'd wish to talk with you / Nothing you can feel / Can feel as cold as this / I'll sing this song and / I'll say goodbye forever'. Le chœur réussit à enfin se faire plus discret, c'est un morceau bien construit, qui échappe aux boursoufflures des précédents. 'The Hunter' se tourne même vers le rock, même s'il manque de puissance en tant que conclusion, il reste dans les mémoires pour avoir osé se démarquer du modèle de la piste éponyme.


C'est con, mais Berserker s'écroule à mesure que les morceaux se succèdent, à cause d'un manque de diversité. Finalement, on a trois morceaux dans cet album : 'Berserker' le morceau fondateur, 'Child With the Ghost' la ballade-synthé et le rock oubliable de 'The Hunter'. D'autres se démarquent un peu plus, mais dans l'ensemble on a l'impression de toujours écouter le même titre, comme si Gary avait composé tous les morceaux en vue d'en faire des singles et non pas un tout. Je suis encore plus triste pour cet album quand je pense à certaines Face B qui auraient du figurer sur l'album pour lui apporter de la diversité, notamment 'Empty Bed, Empty Heart', ballade sombre convaincante, et 'Rumor', qui verse presque dans l'ambient. Un titre décliné 9 fois, un album mono-titre.


PS : si j'écoute un album de Gary, c'est pour entendre Gary, pas un chœur féminin random estampillé 80s.


Précédente : The Fury de Gary Numan (1985)

YKMR
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le 23 juil. 2026

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