Après la fin houleuse de Cream, Clapton décide en 1969 de rester dans un groupe en retrouvant Steve Winwood qui lui-même vient de quitter Traffic. C’est Winwood qui insiste pour avoir Ginger Baker à la batterie, ce qui n’enchante pas plus que ça Clapton, surtout après avoir quitté Cream. Enfin, c’est Rick Grech de Family qui est choisi comme bassiste. D’excellents musiciens qui vont susciter une attente forte chez les fans dès qu’on entend parler de cette formation. Avant même de faire paraître leur seul album, le groupe se lance dans une tournée de quelques dates, commençant par un concert géant gratuit dans Hyde Park, le 7 juin 69. La déception est évidente dans le public, les musiciens ne jouant que des nouveaux morceaux que personne n’a jamais entendu, aucun de Cream et de Traffic (des enregistrements non officiels en témoignent, ces concerts ne sont pas des réussites et celui de Hyde Park est sorti finalement en DVD officiel). La tournée se poursuit aux Etats-Unis avec les mêmes réactions du public. Le groupe finit donc par rejouer quelques anciens titres. C’est en août 1969 que sort cet album et il est magistral : la voix pleine de blues et de soul de Winwood, compositeur de Can’t find my way home, Hard to cry today (magnifique blues) et Sea of joy, carrément 3 des 6 morceaux constituant l’album. Clapton est impérial à la guitare, on le sait mais reste discret en tant que compositeur. Il ne signe qu’un seul titre mais il est superbe, Presence of the Lord. Le reste est constitué d’une excellente reprise de Buddy Holly (Well all right) et un morceau composé par Baker, Do what you like. Les musiciens se laissent le temps d’improviser, c’est la base de leur travail, les morceaux pouvant aller jusqu’à 15 mn. La pochette de l’album va immédiatement faire controverse, adorée par Clapton mais détestée par la maison de disques. L’album pour éviter les critiques est donc paru aux Etats-Unis sous une pochette plus neutre, juste une photo en noir et blanc des musiciens. De toute façon, malgré la réussite artistique et un album qui a marqué le rock par la qualité des participants et des compositions, rien n’y fait, à la fin de la tournée de l’été 69, le groupe se sépare déjà, les tensions ont été trop fortes. Cet album n’aura pas de suite. Mais Clapton retrouvera Grech et Winwood lors du Rainbow Concert que son ami Pete Townshend a organisé pour lui en 1973, afin de le remettre sur le devant de la scène avec une pléiade d’invités prestigieux. Et en 2007, Clapton et Winwood nous ont offert une très belle tournée qui est passée par Bercy et durant laquelle ils ont repris une bonne partie des titres de ce superbe album, ça reste pour moi un grand souvenir. Il est présenté ici en version deluxe avec l’album d’origine complété par des titres inédits et une version électrique de Can’t find my way home (CD 1). Quant au CD 2, il est constitué de 4 longues jams qui n’ont comme véritable intérêt que de faire mieux comprendre comment les musiciens ont travaillé.