Gros enjeux pour Kanye West qui revient avec un nouvel album solo cinq ans après Donda, qui est à ce jour son album le plus expérimental et ambitieux. Entre-temps, il a multiplié les collaborations et les scandales qui, forcément, entachent la réception du disque auprès d’une grande partie des faiseurs d’opinion, lesquels ont descendu cet album en flammes sans même avoir pris le temps d’y jeter une oreille. Car s’ils l’avaient fait, ils auraient sans doute compris pourquoi Kanye West est le seul artiste sur terre que personne n’a jamais réussi à « canceliser ».
Ni les maisons de disques, ni les multinationales comme Adidas, qui a repris sa collaboration avec lui quelques mois seulement après l’avoir interrompue, tant les résultats économiques de cette séparation ont été catastrophiques pour la marque.
Si l’accueil de son nouvel album a été très mauvais dans la presse mainstream, il a été beaucoup plus positif sur les plateformes vidéo, où la jeune génération poste aujourd’hui son avis en direct. L’histoire n’était pourtant pas écrite d’avance, car pour garder son public, KW n’avait pas d’autre choix que de sortir un très grand disque, une œuvre capable de mettre tout le monde d’accord.
Pour ce faire, il a rappelé toute l’équipe qui l’avait accompagné sur ses disques les plus célèbres, indiquant ainsi qu’il allait revenir à une formule beaucoup plus mainstream que ses dernières productions, artistiquement beaucoup plus exigeantes, voire ardues pour l’auditeur. Donda est un album monstrueux dans tous les sens du terme, publié après un autre disque qui avait déjà fait polémique et divisé les fans : Jesus Is King.
Cette fois-ci donc, KW a décidé de revenir à la formule qui a fait son succès, basée sur une utilisation innovante de samples et sur des productions qui réussissent l’exploit d’être à la fois totalement innovantes et pourtant immédiatement mainstream. Bref, avec Bully, il voulait montrer qu’il restait un énorme faiseur de tubes et, pour ce qui me concerne, je trouve que le pari est totalement réussi.
Les quatre premiers morceaux sont d’énormes bangers qui justifient à eux seuls l’existence de cet album. Il y a par la suite quelques baisses de régime, mais qui ne durent guère, puisque régulièrement notre attention est captivée par un nouveau chef-d’œuvre d’inventivité et d’efficacité (oui, KW sait faire les deux en même temps, et c’est ce qui fait son génie).
Bully, High and Loves, Damn sont des classiques, même dans une discographie qui déborde déjà de chansons éternelles comme celle de Kanye West.
Après plusieurs écoutes de cet album, on se dit vraiment que ce gars est le plus grand producteur et compositeur du XXIᵉ siècle, du moins dans l’univers du rap. C’est incroyable d’avoir toujours autant d’inventivité après avoir déjà écrit tant de grands albums. Tant qu’il gardera ce niveau-là, il restera commercialement intouchable.