Cinq albums plus tard, These New Puritans trouve encore de nouvelles façons de surprendre et de dérouter. Crooked Wing est un nouvel épisode accompli et stimulant d’un duo qui évolue depuis une position singulière. Un retour élégant et captivant, qui marie l’amour de ses créateurs pour les esthétiques à la fois industrielles et ecclésiastiques, tout en restant accessible et émotionnellement facile à saisir. Heureux retour.
C’est austère, minimaliste et d’une beauté âpre, mais l’album réintègre aussi une partie de la puissance rythmique martelée de Hidden sur « A Season in Hell » et « Wild Fields ». Il contient certaines de leurs chansons objectivement les plus belles.
Malgré tout ce qu’on a pu dire au fil des années sur leurs méthodes ésotériques, le groupe a toujours su éviter le piège du « trop malin ». Cela se poursuit sur Crooked Wing. Pour toutes leurs techniques parfois prétentieuses, ils sont à leur sommet lorsqu’ils se montrent les plus à cœur ouvert.
Ce n’est pas toujours une écoute facile, mais These New Puritans a bâti sa carrière sur la volonté de se mettre au défi et de défier l’auditeur, une quête digne qu’ils poursuivent ici. Si Crooked Wing les montre à leur niveau le plus raffiné et le plus fracturé, l’album ne plaira pas à tout le monde. Son refus d’offrir des plaisirs immédiats peut en laisser certains de marbre. Et, malgré toute son inventivité, il arrive que la précision presque académique menace d’écraser le cœur émotionnel. Pourtant, c’est exactement ce que l’on ressent : un requiem pour l’âge mécanique, une chanson d’amour adressée à la décomposition, et un rappel brutal de la beauté qu’on peut trouver à l’ombre des ruines.
Au final, l’album confirme que These New Puritans reste un groupe à part.