Deadbeat a dérouté. Oui, Kevin Parker semble s’être éloigné de ce qui faisait la signature de Tame Impala : les nappes psyché, les basses liquides, les montées lysergiques. Mais fallait-il vraiment s’en étonner ? Et l’évolution est-elle si profonde ?
Depuis Currents (2015), Parker explore les textures électroniques, les pulsations club, la fascination pour le beat. Deadbeat n’est donc pas un virage brusque, mais l’aboutissement logique d’une mutation, hommage au “bush doof”, l’univers des raves australiennes.
Là où certains y voient un disque froid, inachevé, parfois vide, on peut aussi y lire un geste artistique : l’abandon du lustre, le refus du surpolissage. Et un élément déroute : la disparition de la batterie saturée, signature de Tame Impala depuis les débuts. Une mue qui touche à sa fin ?
Certains morceaux paraissent "bâclés" ; une apparente négligence : des titres dépouillés, bruts, presque live, où un simple piano suspend quelques notes dans l’expérience immersive de Deadbeat. Ces passages au piano – intro, puis piano-voix dans My Old Ways, avant de revenir en seconde partie de No Reply – dessinent une boucle de dix notes reprise à la fin de Piece of Heaven. En 2015, on groovait sur Let It Happen : même principe, une boucle au synthé de dix notes, mais cette fois sans l’emballage pop.
On peut reprocher à Deadbeat de manquer de climax ou de fil conducteur, mais il faut reconnaître à Parker le courage d’assumer une esthétique plus minimale, plus instinctive, loin des textures riches qui avaient séduit le grand public.
Alors, un raté ? Peut-être aux yeux de ceux qui espéraient un Currents 2.0. Mais pour ceux qui suivent la trajectoire de Parker, Deadbeat reste une œuvre cohérente. Un album qui s’assume dans l’expérience electro-house immersive (Not My World, Ethereal Connection) autant que sur son terrain pop-rock-psyché-groovy (Dracula, Afterthought). En conclusion, End of Summer confirme l’impression : Tame Impala se déleste des attentes pour retrouver le risque, le doute. Et, quelque part, la liberté.
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