Disco Symphony
6.2
Disco Symphony

Album de Cerrone (2025)

CERRONE signe là son deuxième album de réinterprétations consécutif, après Cerrone By Cerrone. Au contraire de l’album de 2022 qui était une collection de réinterprétations funky avec le chanteur Brendan REILLY, Disco Symphony voit la participation de l’Orchestre Symphonique de Cannes. Vingt-et-un morceaux enchaînés quasiment d’une traite, d’où le terme un tantinet abusif de 'Symphony'. À première vue, on peut se poser la question d’une telle entreprise, étant donné que la majorité des morceaux revisités sont issus de la période Disco (1976-1979) de CERRONE et, pour la grande majorité d’entre eux, possédaient déjà des arrangements orchestraux.


Le premier souci de cet album est structurel. D’une part, certains morceaux sont scrupuleusement restitués, souvent en version instrumentale (alors qu’il s’agissait de chansons), avec certes un son plus propre, bien que manifestement compressé. Certains détails tels que les effets sonores et la foule de "Rocket In The Pocket" et les dialogues introductifs de "Cerrone’s Paradise" ont même été reproduits. D’autre part, on retrouve, en diverses proportions suivant les passages, des effets de post-production similaires à ceux ayant déjà sévi sur Red Lips (2016) et Cerrone By Cerrone, certes mélangés à l’orchestre: chant soul mâtiné de R’n’B, davantage d’effets électronique, et plus rarement des effets de filtrage. Dans les deux cas, encore une fois, quel intérêt de le refaire ici?

Qui plus est, malgré le liant orchestral, l’association de ces deux types d’arrangements ne fonctionne guère et donne le sentiment que CERRONE n’est pas allé au bout du geste 'symphonique'. L’inclusion de l’électronique est parfois hasardeuse, ainsi les soli de synthé de "Je Suis Music" et "Give Me Love" font amèrement regretter Georges RODI. "Not Too Shabby" est quant à lui gâché par une incohérence harmonique: le chant suis une tonalité Fa mineur, en dissonance avec le reste de l’instrumentation en Sol mineur. En revanche, les arrangements orchestraux de "Supernature" prennent une bonne distance avec l’original.

Enfin, on pourra être surpris de retrouver "Drum Symphony", revisite de "Sweet Drums" tout droit sortie de l’étrange Cerrone Symphony: Variations Of Supernature (2010), et "The Impact", morceau électronique assez plat issu du médiocre DNA (2020), dont la réorchestration opulente n’est guère beaucoup plus convaincante. Selon moi, le principal intérêt réside dans les nouveaux enchaînements effectués entre des versions écourtés de morceaux qui, pour certains, atteignaient allègrement une dizaine de minutes. Les compositions sont globalement de très bonne qualité, alors pourquoi pas, après tout?


Le gros problème de l’album réside justement dans les chansons qui ont le plus subi les sévices de la post-production: "You Are The One", "Je Suis Music", "Give Me Love", "My Desire" (à l’origine un morceau de DON RAY), "The Only One", "Supernature" et "A Part Of You". Le chant, à nouveau assuré par Brendan Reilly, ainsi que les chœurs sonnent terriblement creux et sentent le Melodyne à plein nez (à pleins tympans?), bien que les autres chansons (telles que "Not Too Shabby") semblent moins retouchées. Surtout, on s’empressera d’oublier l’inédit "All We Are", où l’Autotune se déploie dans tout l’horreur de son évidence comme aux plus sombres minutes de Red Lips. Au milieu d’un album de réarrangements symphoniques, ça la fout mal, très mal.


Certains des morceaux réutilisent en toile de fond des remixes issus de Cerrone By Cerrone (2022), avec ajouts orchestraux ("Give Me Love", "My Desire", "Took Me So Long") ou non ("You Are The One", "Je Suis Music"). Bien sûr, la prestation 'vocale' de Brendan REILLY est conservée telle quelle. Il y a aussi le cas de "The Only One" dont seul le mix change et de "A Part Of You" (une revisite du thème de "Revelación Suite" de 1977, co-écrit par DON RAY sous le nom REVELACIÓN, absente de Cerrone By Cerrone mais publié en single en avril 2023, qui n’est pas interprétée par Brendan REILLY) dont les parties vocales sont changées. Une bonne surprise toutefois: "For You", single inédit de 2023 recasé presque à l’identique ici (ce qui nous évite de rechercher le rare vinyle d’origine).


On peut encore dire que le son d’ensemble est bon, assez profond quoiqu’un peu lisse et sans aucun doute compressé. Ah, et dernier détail mais non des moindres: certaines parties ont manifestement été enregistrées en concert, en attestent les applaudissements audibles sur quelques passages, ce qui est très étrange puisque la sortie de cet album concorder avec le concert d’interprétations symphoniques de CERRONE à la Philharmonie de Paris, le 21 février 2025.


Encore des réinterprétations… Ce n’est guère enthousiasmant. On trouve certes une production mastoc et quelques morceaux inattendus issus de projets parallèles ou récents, mais mieux vaut écouter les versions originales. CERRONE prend (plus ou moins) soin de son patrimoine, mais cela pose sérieusement la question de l’inspiration musicale: il n’y a eu quasiment aucun matériel véritablement nouveau depuis DNA qui date tout de même de 2020. Le miracle Hysteria (2002) ne semble pas vouloir se reproduire.


[Première publication le 29 avril 2025, modification le 10 septembre 2025]

Créée

le 4 juin 2025

Critique lue 25 fois

Alphananar

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