Le « ton Gainsbourg », la voix à la fois narquoise et lucide, l’écriture, des arrangements peu communs, tout est déjà en place dans ce 1er album paru en 1958. Gainsbourg a 30 ans alors et n’est pas un novice : il écume les piano bars et cabarets où il a roulé sa bosse depuis quelques années. Mais c’est bien « Le poinçonneur des lilas » qui va le faire connaître. Oh, malgré ce succès remarqué et qui sera repris par les Frères Jacques dès 1958 et Hugues Aufray l’année suivante, l’éloge de Boris Vian et un Grand prix de l’Académie Charles Cros décroché en 59, l’album ne se vend pas. L’album s’éloigne des standards habituels de la chanson française, mélangeant jazz et chanson réaliste dont Gainsbourg était friand. Quant au titre, il fait un clin d'œil à la rubrique faits-divers des journaux de l'époque : « du sang à la une ». Le jazz est représenté par les musiciens qui l’entourent. D’abord, l’arrangeur-chef d’orchestre-pianiste de ces sessions, c’est Alain Goraguer, grand jazzman qui choisit une variété des timbres inédite pour la chanson française de cette fin des années 1950 : flûte, hautbois, vibraphone, cuivres... et pas de cordes. Il y a là Pierre Michelot à la contrebasse et Christian Garros à la batterie. Deux musiciens capables d’accompagner Miles Davis ou Stan Getz la nuit et d’enregistrer de la variété le jour. Pour "Du jazz dans le ravin", première chanson de Gainsbourg qui raconte un accident de voiture, il y a Michel Hauser pour un solo de vibraphone. Dès ce 1er album, les thèmes éminemment « gainsbouriens » sont évoqués : l’alcool, l’adultère, la mort, les bas-fonds, les bolides…C’est dans la décennie suivante qu’il ira toujours plus loin dans la provocation et le 2nd degré.