« Other Voices » en 1971 était le 1er album des Doors sans Jim. Eh oui, ils avaient eu la volonté (vouée à l’échec) de continuer sans leur leader qui de toute façon, n’était plus que l’ombre de lui-même bien avant de mourir à Paris. Ils n’avaient pas souhaité non plus le remplacer (une hérésie !). Bon, il en était ressorti un album médiocre mais qui s’écoutait. En 1972, le trio Manzarek-Krieger-Densmore récidive et là touche le fond. Le mythe des Doors est à des années-lumière de ce truc dont pas grand-chose n’est à sauver (rien ???). Des compositions d’une banalité affligeante, une production surchargée, des musiciens en roues libres…Je cherche, je cherche mais sans trouver de petite bouée de secours ! Manzarek et Krieger se partagent à nouveau les voix et une fois encore montrent vite leur limite dans ce domaine. L’équipe est (très) élargie. Ils ne reprennent pas Bruce Botnick, se chargeant de la production eux-mêmes, mais font appel à Henry Levy comme ingénieur du son (Joni Mitchell, Crosby, Stills & Nash). C’est lui qui engage un groupe de musiciens de studio dont une série de bassistes invités. Et la musique, car c’est quand même le plus important là-dedans ? Eh bien, ça ne vole pas bien haut. Le fond est atteint.
« Get up and dance » en ouverture banale, « Hardwood Floor » et son piano bastringue ou encore la reprise (franchement ratée) de « Good rockin’ » où là, Manzarek se prend pour Jerry Lee Lewis, rien ne décolle. Le seul morceau a été co-écrit par le trio est « The Moquisto », le seul à s’être fait un minimum remarquer et c’est étrange car je ne comprends pas bien pourquoi. Ce bidule part dans tous les sens et se révèle assez indigne de l’histoire des Doors : un air de mariachis sur des paroles simples en espagnol, écrit par Krieger après des vacances au Mexique avec sa femme. Il y avait entendu un air sur moustique joué par des musiciens locaux sans réussir à le retrouver une fois de retour. Alors, il a écrit le sien, dans lequel « mosquito » rime avec «burrito » ! Ah oui, Morrison est bel et bien mort, sa poésie surréaliste aussi, c’est triste. L’album sans surprise et comme le précédent a été un échec cuisant. Krieger consacre deux pages à ces deux albums de l’après Morrison dans ses mémoires et Densmore quelques paragraphes seulement dans les siennes ! Il a fallu attendre le début des années 2000 pour qu’ils sortent en CD mais aujourd’hui encore, pour les fans, il s’en dégage une odeur de soufre, comme un parfum d’opportunisme commercial indigne d’un groupe qui a toujours refusé du vivant de Jim qu’un de ses morceaux soit utilisé dans une publicité. « Il était temps de refermer le cercueil des Doors » ont-ils après avoué. Effectivement, le mythe pouvait alors prendre son essor.