Toujours dans mon mood "je réécoute les albums que j'écoutais étudiant" j'ai réécouté le premier album de Gorillaz (2001.) Pour le coup, je savais que j'allais pas trop me planter et plutôt aimer.
C'est fou quand même d'imaginer qu'un groupe virtuel, qui était censé être une sorte de one shot se moquant de l'industrie musicale, ainsi qu'un moyen pour Damon Albarn de faire des featuring avec plein de gens différent, allait se pérenniser au point, 25 ans plus tard, d'accoucher d'un 7eme album (et encore, on en discutait avec des copains, il y a des EP ou des albums bonus qui ressemblent à des albums complets et c'est super difficile de s'y retrouver.)
Le côté mélange de featurings donne un côté extrêmement varié à l'ensemble : il y a des morceaux pop (19 – 2000) du punk (Punk) des trucs plus downtempo (Tomorrow Comes Today, New Genius) voir des morceaux un peu plus expérimental (le dernier morceau, M1 A1, basé sur un sample du Jour des Morts Vivants) du reggae-dub, de la musique cubaine (merci l'ajout d'Ibrahim Ferrer sur Latin Simone) etc.... On était sur un concept album très "années 2000" puisque l'album venait avec une partie multimédia qui offrait des fonds d'écrans, des économiseurs d'écrans si on mettait le disque dans un ordinateur. Le côté "expérience unique" était amplifié par la sortie quelques temps plus tard d'un album de remix et de morceaux écartés (G-sides)
Je pense aussi qu'à l'époque, ils pensaient avec Jamie Hewlett faire plus de clips en utilisant la technologie Flash, ce qui donne aux clips un côté désuet mais tellement "2000" notamment lorsque ose des mélange dégueulasse entre du flash et des assets en 3D. Ha, et c'est marrant, mais il y avait pas mal de gorilles dans les premiers clips de Gorillaz. Comme pour justifier leur nom.
Les personnages n'étaient au final que des avatars du groupe de pop ordinaire : le chanteur est un type désabusé ordinaire, le bassiste est un dépravé, le batteur est une force tranquille et muette et la guitariste est un personnage incompréhensible mais fun. (Dans le lore, Noodle a juste 8 ans lors du premier album.) Bon, ils étaient même jusqu'à donner toute une backstorie aux personnages, un faux studio (Kong Studios) ainsi que des justifications dans les clips (le fait que le rappeur Del the Funky Homosapien est un fantome qui s'est emparé du corps de Russel) une peine qu'ils se donneront de moins en moins au fur et à mesure des projets.
Il y a aussi une grosse influence de l'abstract Hip Hop, ainsi qu'au Trip Hop à la mode à l'époque, ce qui donne aussi cette patine un peu nostalgique et crépusculaire. Il y a aussi des trucs qui rappellent l'album 13 de Blur, produit quelques années auparavant. (Tomorrow Comes Today devait être un morceau de Blur par exemple.) On sent que l'album a été pensé à la fin des années 90, au moment où ça parlait de fin du monde, et ça infuse un peu dans ce premier album, notamment dans Tomorrow Comes Today, Sound Check (Gravity), New Genius Brother ou Slow Country avec l'utilisation d'un chant désabusé, pas mal de reverb, un mixage plus étouffé et des chansons qui parlent de solitude et de fin d'une époque. Et l'album se termine sur les cris d'un homme seul qui se demande où est passé le reste de l'humanité.
Mais surtout, réécouter cet album, c'est réécouter le tube Clint Eastwood et son lot de souvenirs associés, que ce soit les passages du clip à la télévision et sur internet. Cette idée que ça y est, on allait pouvoir diffuser et créer des clips via ce média et l'utilisation d'une esthétique "graf" renvoyait à l'impression qu'on était sur un jeune groupe. C'est une chanson qui m'a accompagné pendant très longtemps : elle passait à la radio, sur Nova, le matin du mariage de mon frère, elle passait aussi lorsque je passais le bac. Chose amusante, j'ai réécouté l'album en voiture sur le chemin pour passer un examen de fin de formation, me donnant l'impression de repasser le bac.
La chanson est basé sur un sample à l'harmonica issue du "Bon la Brute et le Truand" qui donne aussi à ce morceau cette touche crépusculaire que je retrouve dans l'album. Le fait que 2D chante le fait qu'il soit heureux dans le refrain avec une voix totalement nonchalante renforce le fait que ça n'est pas le cas. Mais il y a surtout cette partie rappée qui sous-tend le morceau, qui se termine par la phrase chuchotée "that is all in your head". C'est rigolo, ce genre d'attaques dans les chansons, elle est généralement crié ce qui fait que c'est le seul exemple que je connaisse de chansons où tu as envie de faire les backs en chuchotant.
Bref, ça m'a vraiment plu de le réécouter et je l'aurai pas mal fait tourner dans l'auto-radio fin février/ début mars 2026. Parfois en parallèle de leur nouvel album, The Mountain, ce qui montre quand même l'étendu du chemin parcouru en 25 ans.