Hot Space
5.6
Hot Space

Album de Queen (1982)

Philippe ! Viens ici que j'te bute enculé !

On aura beau dire que Hot Space est un album tout nul, il reste culte à mes yeux, ce qui ne veut pas dire que je l'aime bien, attention hein. Disons qu'il me rappelle beaucoup de moments très drôles. Quand j'étais en première, j'avais choisi la spécialité HLP, car je voulais découvrir les grandes œuvres littéraires et philosophiques de l'Histoire, pour me donner de nouvelles clés de compréhension du monde... non j'déconne allez, c'est juste que mon meilleur ami y allait et que l'un de mes profs préférés y enseignait. Et c'est notamment grâce à ce prof qu'Hot Space a pu s'imposer comme culte, puisqu'ayant autant la flemme que nous, il nous laissait parfois des pauses de 45 minutes entre deux heures consécutives. C'était un moment idéal pour parler avec d'autres élèves, chose que Monsieur Prof faisait d'ailleurs, tout en s'intéressant à un RubiksCube. Moi, avec mon meilleur ami, on préférait écouter de la musique, pas très fort, on est pas des CasSOS chiants qui mettent leurs enceintes à fond dans le tram/métro. Et c'est donc comme ça qu'on a découvert Hot Space, attirés par sa moyenne pas folle sur ce site, et sa pochette à la Warhol du pauvre. Le solo de saxophone d''Action This Day' est devenu une grosse blague entre nous... faut dire que ça ressemble tellement à rien qu'on en riait plusieurs minutes de suite. Voilà pourquoi j'ai de la sympathie pour Hot Space, il me renvoie à tout ça dans mes moments sombres, et après je me sens mieux.

Mais il s'agirait quand même de critiquer l'album, on va pas s'arrêter là. Après FlashGordon en 1980, Queen décide de faire un nouvel album parce que faut pas rester inactif dans la vie. À ce moment-là, Freddy veut s'essayer à la musique des clubs gays et John se dit aussi que c'est une trop bonne idée parce qu'il aime bien la disco. Mais Brian et Roger sont pas trop d'accords, ils préfèrent rester dans le rock. Ils s'enguelent un peu, puis nos quatre amis font un Pierre Feuille Ciseau en 3 manches, et c'est le camp de Freddy qui gagne. Ils partent alors en Allemagne parce que why not pour enregistrer le futur Hot Space. Mais là-bas, tout va pas se passer comme prévu, puisqu'en plus des frictions entre les deux camps, Freddy et ses amis préfèrent boire un maximum d'alcool et aller dans des nightclubs, ce qui va amener à un certain ballécouillisme dans le studio.

Tout commence donc avec 'Staying Power', qui s'ouvre sur une section rythmique à la boîte à rythme et une basse chewing gum Oberheim. Ce qui est sûr, c'est que ça a du faire un choc pour de nombreux fans, alors que les précédents albums du groupe comportaient fièrement une mention "Réalisé sans synthétiseurs" sur leurs pochettes arrières (enfin il me semble, je suis pas sûr, ndlr). Le morceau se caractérise par des cuivres qui semblent joués eux aussi au synthé, mais les crédits me font dire que non non, c'est du vrai. Du coup je me demande comment on peut foirer un mixage à ce point-là, franchement faut le faire pour en arriver à ce résultat. Si on oublie les précédents travaux du groupe, 'Staying Power' reste un morceau dansant sympa, un peu lourd quand même (faut savoir doser les cuivres), à cause de la basse synthé qui ressort énormément dans le mixage, c'est vraiment étrange. Mais si on a en tête 'Bohemian Rhapsody' et autres, c'est dur à écouter. Niveau lyrics, c'est pas fameux non plus, c'est tout plein de métaphores sexuelles pas subtiles. D'ailleurs, les textes sont faibles sur l'ensemble de l'album, Freddy s'étant sûrement dit qu'on s'en foutait un peu tant que ça donne envie de danser. Petit détail amusant, le 'Power' en boucle vers 3' fait passer Freddy pour un vieux PC qui surchauffe et reste figé. 'Dancer' n'est pas si différente, excepté qu'elle est moins intéressante et qu'elle s'ouvre sur une sorte de batterie-boîte à ryhtme au son déguelasse. Freddy nous parle d'une danseuse qu'il trouve trop stylée à une fête (où il n'est même pas invité d'ailleurs), enfin voilà, c'est pas très passionnant, mais le 'Dancer, dancer' du refrain a le mérite de rester en tête, c'est dejà pas mal.

Bon, jusque là c'est pas très fou fou hein, heureusement 'Back Chat' relève un peu le niveau, avec un peu de mélancolie dans les parties de guitare post refrain. On retrouve une cocotte de guitare façon Nile Rodgers, ce qui me fait dire qu'on tient enfin un vrai morceau de disco. Côté paroles, c'est un peu plus recherché, Freddy tente d'avoir une discussion avec quelqu'un qui refuse de l'écouter, ce qui l'épuise. Spéciale dédicace au réalisateur du clip qui fait genre que Roger joue de la batterie pendant le solo de boîte à rythme au son bien crado.

Et ensuite, c'est la grosse déconnade, Freddy décide d'écrire tout seul, et fallait surtout pas. Alors que les autres morceaux conservaient tout de même un faible esprit rock (ne serait-ce que dans la rythmique ou la présence de guitares), 'Body Language' se la joue synthpop pure, avec boîte à rythme, basse à l'Oberheim, etc. D'ailleurs, qu'est-ce qu'il s'est passé avec cette basse là ? on entend qu'elle, c'est genre le caïd qui vole le goûter des autres instruments dans la cour de récré et les empêche de vivre. Brian a tout de même le droit de jouer deux notes sur l'outro, à sa place j'aurais été énervé mais c'est déjà bien on va dire. Niveau paroles, on recommence avec un texte vaguement érotique, mais c'est plus gênant qu'autre chose : 'Give me body', gneu gneu gneu je fais des phrases à la Tarzan, 'You've got the cutest ass I've ever seen' (waouh), 'Sexy, body' mais quel as de la rime Freddy ! Bon t'as de la chance, je suis fan de synthpop, alors après plusieurs écoutes douloureuses, je l'aime bien, mais je comprends parfaitement qu'il soit détesté.

Après ça, on se demande s'il y aura un morceau pour sauver Hot Space. Où est le sauveur ? 'Action This Day' tente de remplir ce rôle, avec le retour du rock, malgré une batterie binaire au son chelou. Bon c'est pas le grand rock du passé, mais ça a le mérite d'être mieux en adéquation avec la réputation du groupe. Pour les paroles, c'est un peu plus inspiré, on nous parle d'une ville grise où il vaut mieux ne pas traîner le soir, et où l'espoir est parti depuis longtemps.

Mais, si vous avez lu mon premier paragraphe, vous savez que ce morceau cache un bien beau trésor de nanardise, à savoir le solo de saxophone qui débarque sur le pont, après un arpège de synthé sorti de nulle part. À nouveau, je sais pas ce qu'ils ont foutu, mais le solo en question a l'air joué au synthé, alors que non, les crédits prouvent qu'il y a bien un professionnel derrière cette espèce de chose. En fait, on est plus proche de la performance d'un SDF qui maitriserait pas du tout, mais alors pas du tout son saxo, et qui se dit que ça passe quand même et que ça va charmer les gens. On dirait presque que le groupe à trouvé un échantillonneur avec un sample à l'intérieur, et là Freddy se serait dit que ça serait pas mal de faire un solo comme ça.

Cette Face A est pas super glorieuse dis donc, mais on de la chance, Hot Space est le premier disque monté à l'envers, puisqu'en effet la Face B est la meilleure. Brian et Roger réagissent, ils disent à Freddy d'arrêter de toucher à son putain d'Oberheim insupportable, et qu'ils ont eux aussi leur mot à dire. On se retrouve ainsi avec des chansons beaucoup plus rock, avec moins d'instruments électroniques. 'Put Out the Fire' en est la démonstration la plus évidente, même si on sent à nouveau que Freddy n'a pas totalement voulu laisser le contrôle, d'où un côté Rock FM. C'est simple, pas très inventif, mais ça marche bien. Puis arrive le solo de Brian, qu'il a joué bourré d'après la légende, et ça se ressent, quelque chose cloche là dedans, y a un truc pas normal, donc c'est un peu perturbant. Pour les paroles, Freddy nous parle de l'usage légal des armes à feu aux States, et si le manque de subtilité posait problème précédemment, ici il donne de la force au texte en accentuant le côté horrible de la chose : 'She was my lover / It was a shame that she died / But the constitution is right on my side /'Cause I caught my lover in my neighbour's bed'.

Ça continue plutôt bien ensuite, mais dans d'autres registres. 'Life Is Real' est un hommage à John Lennon, sous forme de ballade axée autour d'un piano. Les synthés sont bien exploités ici, là ils pouvaient se montrer criards sur la Face A, ils sont plus délicats et remplacent un orchestre. Pourtant, si 'Lemon is a genius', alors ça aurait mérité d'être plus inspiré ; à son image. 'Calling All Girls' se charge d'être le tube pop rock de l'album, même si la guitare en ouverture sonne très bizarre, c'est un morceau sympa qui reste bien en tête. Les paroles sont un peu niaises, oui, mais le détail intéressant, c'est qu'on trouve au deuxième couplet des sons de scratching. C'est pas très beau, mais pour l'époque c'est novateur...

Puis 'Las Palabras de Amor' débarque. Conçue pour être un méga succès dans les pays hispanophones, puisque Queen compte là-bas une base de fans énorme, il comporte des passages en espagnol qui ont l'air forcé et un peu sorti de nulle part. Disons que si tout le texte avait été en anglais, ça aurait pas changé grand chose. Le groupe joue à nouveau dans un autre registre, celui de la power ballade, sauf qu'on n'y ressent pas la transe propre au genre. Enfin si, ça décolle vers 3'30'' avec l'arrivée d'une guitare électrique, mais alors que ça y est, Queen touche la grâce, tient le bon bout, ils avortent cette montée en puissance 5 secondes plus tard. Et 5 secondes réussies dans un morceau de 4'32'', c'est dommage. Toutefois, c'est l'un des meilleurs morceaux de l'album à mes yeux, où l'on ressent le plus d'émotion avec l'arpège de synthé en ouverture et sur le pont. Pour le coup, ça sonne comme un morceau de fin de film, une sorte de scène d'adieu entre des protagonistes, donc disons que Queen retrouve le feu sacré sur ce morceau, mais à moitié. Et puis les paroles espagnoles respirent vraiment la tactique commerciale, même sans connaître la raison de leur présence.

'Cool Cat' s'apparente au morceau tranquille à écouter sur la plage, par côté soul et délicat façon Sade. John y joue a peu près tout, tandis que Freddy nous parle de quelqu'un de super charismatique au point qu'il éclipse le soleil et qu'il "tape sur l'orteil avec un nouveau chapeau" (?). Même si on trouve un petit son trop beau qui fait "oh!" lorsque Freddy dit 'But did it happen?', ça reste cloué au sol et c'est un peu plat, surtout pour une fin d'album. Parce qu'en effet, je pense que le groupe avait prévu d'arrêter l'album là, mais compte tenu du succès d''Under Pressure', leur label s'est sûrement dit que c'était une bonne idée de le rajouter pour grossir les ventes.

Même si ce n'est pas mon morceau préféré de Queen, ce dernier arrive tel le véritable sauveur de cet album médiocre, avec des mélodies marquantes (la principale en deux accords de piano notamment) et une basse bien groovy, digne du disco de qualité, pas comme les trucs nuls de la Face A là. Les voix de David et Freddy se fondent ensemble, et le morceau décolle dans son final grandiose. Les paroles aussi sont intéressantes, basée sur l'angoisse du monde, c'est novateur pour un morceau FM du début des 80s. Mon détail préféré, c'est l'outro avec les claquements de doigts après un petit silence, ça donne un charme incroyable au morceau.


Malheureusement, excepté 'Under Pressure', Hot Space c'est 10 morceaux passant du correct à l'horreur, en passant bien souvent par le moyen. On ne peut pas dire que ça ne soit pas inspiré, on sent que Freddy et John sont contents d'explorer un nouveau style, mais personne n'a l'air pleinement impliqué et sans un talent du disco dans l'équipe, ça tombe facilement dans la banalité. Ça reste sympa à écouter, mais ça vole pas haut, même si oublie les sorties précédentes du duo. Au final, disons que c'est un nanar cosmique, mais pas un mauvais nanar, marrant malgré lui, le "Philiiiiiiipe !" de la musique.

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YKMR

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