Après « Discovery », si on met de côté une compilation de remixes pas inintéressants, petites bouchées pour patienter, les Daft mettront du temps à sortir un nouvel album, au point d'être hystériquement surpris à l'annonce d'un nouvel album. Je me souviens, ça se passait encore sur MTV à l'époque. La chaîne annonce une émission spéciale sur le duo un Samedi soir. Forcément, j'annule tout pour ne pas rater sa diffusion. J'apprends plein de choses dans ces cinquante minutes – je dois encore le re-rappeler mais en 2005, je n'ai pas encore Internet – je découvre plein d'acteurs méconnus de la fameuse French Touch, mais aussi quelques noms que j'ai déjà pratiqué (Cassius, Bob Sinclar), je vois des images inédites des robots avec leurs casques qui fonctionnent (très rare) et des imitations vocales ridicules. J'aurais du prendre des notes mais je n'ai finalement retenu qu'un élément ; un nouvel album arrive et ce, dès la semaine prochaine ! Un premier clip est alors diffusé « Robot Rock » et dès sa deuxième diffusion, je me remet à l'Air-Guitar, comme je l'avais fait pour « Digital Love » cinq ans avant, comme le font mes deux héros dans cette vidéo, toute de flashs et de flares, sous le regard indigné de mon frère, qui ne comprenait définitivement pas mes goûts. Lui était da ns une période de transition, entre Michael Jackson et le rap américain ; même si aujourd'hui je reconnais la qualité de ce qu'il écoutait, en 2005, c'était la guerre.
Par hasard, je vais faire un tour à l'Intermarché du coin le Mercredi suivant, en me disant sans trop y croire qu'ils l'auraient peut-être dans leur rayon... et il était là ! Avec sa pochette, toujours le même logo, cette fois-ci ancré dans un écran de télé. Je le prend, tremblotant d'excitation, sans faire attention au prix – plus de 18 euros dans mes souvenirs – en donne vingt à la caisse, à deux doigts de laisser la monnaie, et je pars en courant jusqu'à chez moi. Toujours en tremblotant – oui, j'étais excité à ce point, je crois d'ailleurs ne plus jamais avoir atteint ce degré pour un album – je sors le CD de sa pochette et le met sur mon poste. Le titre éponyme se lance. Je tombe amoureux direct. Ils prêchent un convaincu en même temps. L'hymne rentre d'emblée dans ma tête. Et la fin me rend fou. « Prime Time of Your Life » me plaît aussi, avec ce début à la « Harder Better Faster Stronger », plus crade, plus sombre. Puis « Robot Rock », puis...
Je ne sais plus à quel moment de l'album, mes potes m'envoient un message pour qu'on se voit. J'hésite à annuler. Finalement, je fais un effort inconsidérable. Je n'arrive néanmoins pas leur cacher mon excitation, leur parle de ces premières pistes et de l'album en boucle. « Ah ouais, tu l'as ? Je peux écouter » me demande l'un d'entre eux. Sans réfléchir, emballé par l'idée de partager l'excitation, je le lui passe le soir-même. Avant de me rendre compte que ça voulait dire, ne pas l'écouter avant un moment. Je prends mon mal en patience. Au bout d'une semaine, je deviens sans doute trop insistant. Il me le rend, étonné car il pensait que je l'avais déjà entièrement écouté. « Non, non, je suis juste con ». Maintenant, qu'on me laisse reprendre ma lecture !
J'aime un peu moins « Steam Machine » avec son gimmick synthétique aléatoire, même si j'y apprends qu'un simple « Sssssiiiiii » susurré au micro peut faire une excellente boucle. Je retrouve le son un peu 80's de Discovery sur « Make Love », où j'aime la façon dont apparaît et disparaît la voix, ainsi que certains instruments. « Brainwasher » est encore une fois, un gros délire bien dégoûtant et énergique. « Television Rules The Nation », un hymne efficace pour un ado qui commence à se méfier de ce qu'il mate. « Technologic », encore une fois très « HBFS », me paraît un excellent choix comme prochain single. Et « Emotion » conclut avec brio le... attends voir... il n'y a que neuf pistes ? C'est quoi ce « On/Off » de 20 secondes ? Mais c'était super répétitif dis donc ! Normal, ils ont bouclé ça en moins de deux mois précise le livret. Arnaque ?
Une fois n'est pas coutume, cette troisième sortie des piliers de la French Touch m'a décontenancé (encore une fois), pour ne pas dire, un peu déçu. Bien sûr, j'ai beaucoup aimé ce que j'entendais, ce sound-design glauque mais toujours aussi calibré, ces triturations mécaniques, industrielles, comme si sous la machine, quelque chose essayait vainement de s'exprimer. Bien sûr, dès ma deuxième écoute, j'avais déjà toutes ces mélodies bien ancrées en tête... et en même temps, facile quand tout est si répétitif, et je le répète car ils le font aussi avec une certaine flemme. Depuis « Discovery », je me suis mis aussi à composer et les leurs, de compositions, sonnent pour moi un peu... faciles. Facile dans « Emotion » ou « Brainwasher » de reprendre à mi-chemin le morceau à zéro. Facile à la fin de « Prime Time of Your Life » d'augmenter le BPM jusqu'à plus soif. Facile d'ajouter un simple vocoder ou simples effets sur leurs samples. Tu entends beaucoup le piste par piste sur l'ensemble d'Human After All, par ajout, par retrait. Oui, facile, mais en même temps, qui l'a fait, et aussi bien ?
J'en discute avec des amis qui eux, apprécient le projet, sans être dérangé par cette répétitivité. Écoutent-ils les titres en entier ? En tout cas, ils vantent cette capacité à se renouveler et à rester résolument en avance sur leur temps. Je comprendrai aussi la démarche, novatrice, de poster une œuvre qui ressemble un long bootleg, un troll à l'ère où le piratage de masse commence seulement... mais ça n'empêchera pas que moi, je ne l'ai pas pas piraté le CD, je l'ai acheté ! Au final, je l'écouterai quasi autant qu' « Homework », c'est juste que j'aurais tendance à zapper plus vite. Et quelle inspiration il m'a donné ! A peu près la même année, je sortirai un album d'adolescent, presque entièrement composé, avec le moins de samples possibles, sur Ejay... avec du Vocoder, des bruits de bouche, de sons mécaniques, des morceaux qui vont de plus en plus vite, de plus en plus haut, et forcément, d'autres super répétitifs. Une imitation qui sonne amateur mais bon, « Human After All » hein !