J’avais déjà écouté les deux premiers albums de The Roots il y a quelques années, sans vraiment accrocher plus que ça. Par contre, des disques comme How I Got Over ou Undun sont pour moi de grands albums. Donc forcément, avec Illadelph Halflife, la question était simple : à quel moment The Roots deviennent-ils ce grand groupe ?
Dès les premiers morceaux, un truc saute aux oreilles : le son. La batterie live est incroyable du début à la fin. Les drums respirent, groovent, vivent. Le piano qui se balade en fond sur plusieurs morceaux est un vrai régal, les basses sont excellentes, les chœurs aussi, et surtout l’album ne donne jamais l’impression de tourner autour d’une seule idée. Même quand il est posé, il reste vivant.
Les morceaux marquants s’enchaînent assez naturellement. “Episodes” est magnifique, notamment grâce à cette instru ultra musicale qui montre déjà l’importance de Scott Storch dans l’évolution du groupe. “Clones” et son piano hypnotique restent immédiatement en tête. Plus loin, certains morceaux prennent carrément une dimension cinématographique, presque nocturne, avec des grooves énormes et des arrangements hyper travaillés. Et ce que j’adore surtout, c’est la façon dont les invités sont utilisés : ils ne viennent pas juste poser un couplet sur une instru, ils amènent réellement leur univers dans les morceaux.
Évidemment, les prestations au micro sont très solides sur tout le disque, mais ce qui domine ici, c’est surtout la musicalité générale. On sent un groupe qui réfléchit ses morceaux autrement, qui cherche des ambiances, des textures, des transitions. Même le côté jazz rap très posé fonctionne souvent très bien. Et finalement, je me rends compte que c’est presque un disque d’écoute passive plus qu’active : un album qui peut tourner en fond pendant longtemps sans fatiguer, justement parce que le groove et les instruments prennent souvent le dessus sur le besoin de moments spectaculaires.
Par contre, au fil des écoutes, un défaut devient de plus en plus évident : la longueur. 1h18, c’est énorme. Et même s’il n’y a pas vraiment de mauvais morceau, beaucoup durent plus longtemps que nécessaire. Le côté posé de l’album devient parfois son principal défaut : certains passages sont répétitifs et donnent une sensation d’étirement. L’album paraît même plus long à chaque réécoute, ce qui est assez rare.
Ça n’empêche pas Illadelph Halflife d’être une énorme progression par rapport aux débuts du groupe et un disque très sérieux dans ce fameux deuxième âge d’or du hip-hop. Musicalement, c’est extrêmement riche, souvent inspiré, parfois fascinant. Peut-être un peu trop long pour être totalement intouchable, mais clairement une vraie réussite.