Le festival de Monterey a été organisé en 1967. Au milieu de prestations inégales, 2 concerts sont passés à la postérité : celui d’Otis Redding et celui du Jimi Hendrix Experience (Jimi, Mitch Mitchell et Noel Redding). Il avait fallu que Jimi parte à Londres pour connaître le succès avec un 1er album fabuleux et explosif. Le 18 juin 1967, de retour aux Etats-Unis, sa réputation l’a précédé même s’il y est encore peu connu et pourtant rien n’avait préparé le public à un tel déferlement de décibels et d’énergie. Même les Who, pourtant considérés à l’époque comme le groupe le plus bruyant, sont battus ! Une prestation courte (43 mn) où le groupe est présenté par Brian Jones (difficilement audible sur le CD). Un Jimi déchaîné qui interprète le solo de guitare de Hey Joe avec les dents puis derrière son dos. Mais c'est la conclusion du concert qui va laisser tout le monde par terre, avec une incroyable version de Wild Thing (y glissant quelques notes de Strangers in the night !!!) : Jimi prévient pourtant le public qu’il sait ce qu’il fait dès le début mais il la termine en s'agenouillant devant sa guitare, enlaçant de façon plus que suggestive son instrument, puis l'aspergeant d'essence à briquet, y mettant le feu et enfin la fracassant sur le sol et la sono ! Bien sûr, les Who détruisaient déjà leurs instruments sur scène mais là, on a quasiment l’impression d’assister à une cérémonie vaudou, quand Jimi semble faire monter les flammes avec ses mains !!! Tout cela produisit un faisceau de sonorités totalement imprévisibles et inconnues. Il faut vraiment voir le DVD de ce concert pour se rendre compte de son impact : une partie du public l’acclame, une autre ne comprend rien à ce qui se déroule sous ses yeux et ses oreilles (le gros plan sur une jeune fille dégoûtée, se cachant la bouche en dit long sur les réactions). C’est cette performance-là qui l’a fait entrer dans la légende, le popularisant aux Etats-Unis, mais l’enfermant aussi dans une sorte de « cirque rock’n’roll » où de nombreux fans attendaient de lui qu’il refasse le même déchaînement chaque soir, la musique étant pour eux secondaire. Des musiciens comme Ravi Shankar, présent à Monterey, l’ont critiqué pour n’avoir pas de respect pour son instrument en le détruisant. Un disque légendaire, court et percutant.