En 1992, Dean Wareham tourne la page de Galaxie 500 et ouvre un autre chapitre avec Lunapark, le premier album de son nouveau groupe, Luna. Après la fin abrupte de l’un des groupes cultes de la scène dream pop, les attentes étaient fortes. Plutôt que de céder à la surenchère ou à la nostalgie, Wareham choisit la retenue : Lunapark est un disque discret et feutré.
On retrouve ici l’essence de ce qui faisait le charme de Galaxie 500 : des mélodies suspendues, un chant détaché, une tension douce entre mélancolie et apaisement. Mais Luna avance sur un autre terrain. Entouré de Stanley Demeski (The Feelies) et Justin Harwood (The Chills), Wareham affine son écriture et adopte une approche plus posée, plus mature.
Dès Slide, morceau d’ouverture, le ton est donné : un tempo lent, des guitares qui flottent dans l’air, une voix qui semble parler autant qu’elle ne chante. L’album se déroule comme une soirée d’été qui s’étire doucement. Anesthesia plonge dans une torpeur rêveuse, tandis que Slash Your Tires rappelle que Luna sait aussi injecter un peu de nerf à son spleen mélodique.
L’influence du Velvet Underground est évidente, mais elle ne se résume pas à une simple imitation. Wareham en retient l’esprit plus que la forme : ce phrasé détaché, ce sens du minimalisme élégant, cette manière de jouer lentement sans jamais paraître inerte. On y perçoit aussi les échos de Television ou The Feelies, dans la précision rythmique et la clarté cristalline des guitares.
L’ensemble dégage une impression d’unité. Lunapark n’est pas un disque de ruptures ou de contrastes : il reste dans un univers cohérent où chaque détail compte. Ce choix esthétique, parfois jugé monotone, devient au contraire sa signature : un équilibre constant entre rêverie et lucidité. On sent un groupe encore en construction, mais déjà capable d’imposer un ton, une texture sonore reconnaissable.
Lunapark n’est pas le sommet de la discographie de Luna, Bewitched et Penthouse affineront la formule, mais il en établit clairement les fondations : une pop élégante sans éclat forcé.
C’est un album de transition, où Dean Wareham se réinvente sans renier l’héritage de Galaxie 500. C’est sans doute l’une des plus belles manières de renaître après la fin d’un groupe culte.