Sparks (me) donne souvent cette désagréable sensation. Tu ne le sens pas venir et... hop, le BIC à sec ! Au pire moment : Pfuiiiiit, l'étincelle qui fait pshiiit. On va éviter quelques feux de forêt me direz-vous, et vous avez bien raison.
Les frères Mael, nous ont fait le coup si souvent : ils nous allument, mais ne nous mettent plus trop le feu. Et alors, la majeure partie du temps, il suffit de zieuter les crédits pour présager du rendu avant même d'y offrir un esgourde. Jamais mauvais (ou presque) mais, rarement au top quand ils n'ont pas de staff autours. Accompagnés de Winwood, Visconti, Rundgren ou Moroder, ça se tenait tellement mieux ! A Steady Drip Drip Drip, fut l'une des exceptions confirmant la règle. Pas la seule mais la dernière en date. Annette, était particulièrement ambitieux aussi. Pensez-donc, un opéra ! Pas évident à écouter sans avoir en tête les images de Léos Carax et le duo Cotillard/Driver à l’œuvre. Au moins ils tentaient quelque chose ! Et le film dont ils ont signé le scénar et la BO, est, artistiquement, une réussite. La soundtrack seule dans le salon, ça marche beaucoup moins bien, forcément.
53 ans de carrière, 157 balais cumulés, on aime à les voir encore produire très (trop ?) régulièrement des disques qui sont tous sauf mous du genou. On aime leur folie. Mais l'inspiration n'est pas nécessairement toujours au rendez-vous. Plage après plage, ça se joue sur... un accord. Une sorte de boucle infinie à chaque fois. Où sont les folles mélodies de Kimono My House, Indiscreet ou Propaganda ? À quel moment la signature rythmique devient difficile (et donc intéressante) à suivre ? Russell produit toujours des lignes vocales un peu dingues. Mais les jeux de tessiture sont moins maitrisés que par le passé. Cela étant dit, c'est encore impressionnant de le voir ainsi se balader, à l'octave, dans la gamme. Je citais les producteurs de renom avec qui les Mael ont collaboré. Je pense qu'un œil extérieur aurait pu les aider à faire le tri. Parce que MAD! possède de solides bons titres. La seconde moitié du disque est très intéressante. "In Daylight", "I-405 Rules" ou "A Long Red Light" sont d'excellents morceaux. Harmonieux et avec une atmosphère ! Mais dans sa globalité, l'opus est une relative déception, comme le fut, du reste, son prédécesseur The Girl Is Crying In Her Latte. Dans les deux cas, un album sympa auquel il manque quelque chose. L'envie, palpable, ne vient pas dépoussiérer la créativité. L'esthétique après-mode des claviers de Ron, ne fait pas nécessairement mouche. Les sons de pianos, mais surtout les arrangements de cordes synthétiques pas plus fins qu'au beau milieu des années 80. C'est clairement un choix assumé, mais, ce qui fonctionnait sur Lil' Beethoven, Hello Young Lovers ou Exotic Creatures Of The Deep, sent ici un peu le réchauffé. Et ces derniers ne sont pas cités par hasard. Quand l'album se termine sur ma plateforme favorite, l’algorithme me balance, "My Baby's Taking Me Home" (2002). Un mantra d'une seule phrase sur près de 5 minutes, mais de suite, le plaisir de... retrouver Sparks ! Que j'écoute pourtant depuis 3/4 d'heure !
Stop à la dithyrambe, et aux excessives louanges. Regardons Sparks avec un peu de recul. On ne passe pas un mauvais moment. Loin de là. Mais MAD! n'est quand même pas l'album de l'an 25 ! En cause, peut-être majoritairement sa production. D'autant qu'ils en ont remis une couche, avec un EP plus substantiel (MADDER!) quelques mois plus tard. Les quatre plages de ce mini album auraient dû être sur le LP, éjectant certains morceaux à l'ennuyeuse platitude, tel "Jansport Backpack" ou même "My Devotion", de la tracklist. Mais ne serait-ce que pour ce qu'ils ont apporté, soulignons, que Sparks produit une musique dont eux seuls ont la recette. Reconnaissable les yeux fermés et sans Shazamer. Pas si mal, un demi siècle après "This Town Ain't Big Enough For Both Of Us" !