Dave Mustaine a annoncé que cet album éponyme avec encore une fois une pochette magnifique, serait le dernier de son groupe légendaire. Pas de nostalgie ni de pleurnicherie ici, non de la violence, de la colère et au final, une fin extrêmement digne histoire de dire au revoir aux fans. Mustaine a une voix qui désormais est rugueuse comme du papier de verre à gros grains, et ça va très bien aux morceaux, une voix venue des tréfonds des Abîmes. Au-delà, c’est un personnage dont le caractère disons ombrageux a pu être souvent difficile à supporter pour les musiciens qui ont travaillé dans le groupe. Mais on peut lui reconnaître une sincérité sans faille pour un thrash metal agressif qui n’a jamais dévié de sa route pour devenir plus « présentable » voire « commercial ». Et il a réussi à cartonner cependant ! Ce disque ne révolutionne rien, ça n’est absolument pas l’objectif mais il achève une boucle commencée il y a plus de 40 ans et de belle manière. Au final, un peu plus de 40 mn sans aucun temps mort. Ça commence fort à 200 à l’heure, pied au plancher, avec « Tipping Point », un personnage arrivé au point de non-retour et que vous allez trouver si vous le cherchez. « I don’t care » est dans la même veine qui vous envoie un uppercut en pleine poire et si ça ne vous plaît pas, eh bien, alors, allez écouter de la musique zen ! Le message du Père Mustaine est toujours le même, pas diplomate pour un sou: "Vous n'aimez pas, je m'en tape le coquillard!" (Mustaine serait sans doute bien moins poli que moi 😄).
Dans les meilleurs moments, pour moi, on trouve aussi « Another bad day » et ce qu’on peut considérer comme l’épitaphe de Megadeth, « The last note » : « The roar I lived for / It starts to die / And now it's time for me /To say the long goodbye ». Sauf que non, en réalité, car Mustaine a rajouté un titre bonus, et pas n’importe lequel, une reprise de « Ride the Lightning » de son ancien groupe Metallica avec lequel les relations n’ont jamais été faciles. Aujourd’hui encore, Mustaine règle régulièrement ses comptes avec Hetfield en rappelant « sa » vérité. Oui, il y a peut-être une envie de rappeler ce que Metallica lui doit, sa participation y étant souvent réduite à une simple anecdote par les protagonistes eux-mêmes. Mais on peut aussi y voir comme un hommage au groupe de Ulrich et Hetfield. Honnêtement, aurait-il fait cette carrière-là sans être passé par Metallica ? La question reste posée mais je n’en suis pas certain du tout. La façon dont il a été viré de Metallica lui a sans doute filé un terrible coup d’adrénaline voire de rage qui s’est sentie dans Megadeth dès ses débuts. C’est une manière de conclure une boucle amorcée au début des années 80 avec infiniment de talent, de personnalité et de sincérité. Voilà, tout est dit avec une efficacité sans pareille, un chapitre de l’histoire du metal et du hard rock se referme, un de plus après la fin de Whitesnake, et la retraite de Coverdale, sans doute bientôt celle d’AC/DC, d’Aerosmith…Oui, le temps est assassin et nos héros d’adolescence sont arrivés à un âge où la retraite est bien méritée ; pour ceux du moins qui y sont arrivés…Mustaine referme le livre de sa grande aventure musicale avec beaucoup de talent. Un très bon album, émouvant et assez imparable.