Avec Meir, Kvelertak livre un second album incandescent, plus affûté, plus audacieux, mais aussi plus nuancé que son prédécesseur. Dans cette déflagration sonore où se croisent black metal, punk hardcore et rock’n’roll, il serait facile de passer à côté d’un élément pourtant fondamental : les paroles. Enveloppées dans un norvégien rugueux et expressif, elles ajoutent une dimension mystique, poétique et résolument ancrée dans une culture nordique qui dépasse le simple folklore.
Ce qui m’a frappé dès les premières écoutes, c’est cette manière qu’a le groupe de concilier brutalité et imaginaire, en racontant des histoires habitées, souvent sombres, mais toujours puissamment évocatrices. On pense à "Evig Vandrar" ("Marcheur éternel"), qui évoque une errance sans fin entre les mondes, dans une ambiance à la fois épique et mélancolique. Le texte, tout en allusions mythologiques, peint le portrait d’un personnage entre vie et mort, hanté par sa propre légende.
Dans "Månelyst", on sent poindre une tension entre l’homme et la nature, entre pulsions destructrices et fascination lunaire. Là encore, la langue norvégienne joue un rôle crucial : elle ne cherche pas à être comprise de manière littérale par tous, mais agit comme un vecteur d’émotion brute, presque instinctive. Ce flou volontaire pousse à une écoute plus attentive, à une plongée dans l’univers du groupe, plutôt qu’à une consommation rapide et superficielle.
Et c’est là, selon moi, que Meir se distingue vraiment. Les textes ne sont pas de simples prétextes à hurler, mais de véritables fragments d’une cosmogonie personnelle. "Snilepisk", par exemple, avec son rythme effréné, cache une charge virulente contre la lâcheté, l’inertie, peut-être même une critique sociale en filigrane. Rien n’est explicite, mais tout est senti. Kvelertak ne dicte pas, il suggère, il évoque, il invoque même.
Certains reprocheront peut-être au groupe de rester trop cryptique, de ne pas "ouvrir" ses textes à un public non norvégien. Mais pour moi, c’est justement cette fidélité à leur langue et à leur culture qui donne toute sa richesse à Meir. C’est un disque qui se mérite, qui s’apprivoise. Et plus on s’y attarde, plus il révèle ses couches cachées, ses fêlures poétiques derrière les riffs massifs.
Bien sûr, tout n’est pas parfait. Certaines paroles se perdent un peu dans l’énergie brute des morceaux, et on aurait aimé parfois un éclairage plus clair sur certains thèmes. Mais cela fait aussi partie de l’expérience Kvelertak : accepter de ne pas tout comprendre pour mieux ressentir.
En somme, si j’ai choisi de donner un 8.5/10 à Meir, c’est parce qu’il allie avec brio puissance musicale et profondeur lyrique. Il ne cherche pas la perfection formelle, mais l’impact émotionnel. Et dans cette fusion entre texte et musique, entre fureur et poésie, il atteint quelque chose de rare : une sincérité absolue. Un album qui vibre, qui vit, et qui continue de me surprendre à chaque écoute.