Okta Khora
7.3
Okta Khora

Album de Monolithe (2019)

Alors Monolithe c'est un groupe que j'ai découvert récemment, lors de la sortie de Nebula Septem il y a deux ans (Merci, Stoned Meadow Of Doom). L'accroche a été immédiate, j'avais dans ma lancée commandé l'album, et je me suis avec le temps un peu plus immergé dans leur univers. Alors effectivement, la musique est massive, comme on peut le suggérer, elle est grandiloquente, mais elle ne semble pas prétentieuse, et ça évoque chez moi la vision de vastes paysages souterrains inexplorés, et autres joyeuseries géologiques, ou cosmiques. C'est un groupe qui joue à la fois beaucoup sur les textures et les ambiances, mais aussi sur les symboles, pour proposer le truc le plus ésotérique possible - mais pas forcément le plus fantasque - , parce que globalement, ces mecs dégagent dans ce projet quelque chose de sobre voire de minimaliste.


Monolithe, ça fait partie de ces groupes de "metal sérieux" qui ne semblent pas être intéressés par tous les clichés inhérents au genre, y compris dans les thèmes abordés, dans les paroles. Il y a une recherche d'authenticité, donnant presque l'impression que la musique n'a pas été créée par eux mais qu'elle vient directement de l'environnement qui les entoure. Et ça déjà, et quel que soit l'album que l'on pourrait évoquer, c'est déjà une grande réussite. Même si sur la forme, certaines choses me plaisent moins, à la limite ce serait presque secondaire, car l'essentiel est déjà acté ...


Donc, après cette introduction énigmatique, que penser de cette nouvelle galette? Déjà, les gars sont productifs, globalement, un nouveau disque sort en moyenne tous les deux ans, et un homme semble être aux commandes de ce projet, Sylvain Bégot, un des 3 guitaristes, qui compose quasi l'intégralité des titres. Et quand j'évoquais la symbolique un peu plus haut, c'est que, depuis au moins 2 ou 3 albums, chaque titre a exactement la même durée, ce qui peut amener parfois à certaines coupures assez peu intuitives, mais pourquoi pas, c'est quelque chose qui je pense n'a pas encore été tenté. Sur Nebula Septem, nous avions 7 titres de 7 minutes chacun. Ici, sur Okta Khora, c'est légèrement différent. Effectivement, tous les titres de l'album font 8 minutes pétantes, mais certains sont divisés par deux et disséminés astucieusement dans la tracklist, même si au final le résultat est à peu près le même.


Donc Monolithe, c'est du Doom. De type Funeral Doom (même s'ils n'en partagent pas forcément les codes, comme précisé plus haut), c'est à dire selon moi, la définition que je donnerais à ce style, du Doom-Metal avec prédominance de claviers + chant guttural d'outre-tombe. Déjà, rien que ce descriptif ça me fout la gaule. Mais j'ai l'impression que sur Okta Khora, il y a la volonté de créer quelque chose d'un peu plus léger. Alors oui, il y a certains éléments qui confirment cette réflexion, il y a beaucoup plus de parties en chant clair, y'a pas mal d'invités qui sont venus poser leurs parties de saxophone ou de violoncelle (cette diversité d'instruments et de sonorités m'a bien plus, j'ai bien accroché), mais pas que, j'ai trouvé que globalement la production semblait plus "légère", que les parties batterie et basse étaient plus inspirées, on sent une plus grande liberté laissée à l'ensemble des musiciens, ce qui semblait être moins le cas sur l'album précédent. Tout simplement, l'album sonne + rock, voire même rock-prog, qu'au metal au sens traditionnel du terme. Même au niveau des claviers, j'ai trouvé qu'il y avait une plus grande variété de sons proposés.


Il y a aussi, et ça c'est à souligner, une quasi-continuité entre les morceaux, y'a ni blancs, ni coupures, ajouté au fait que l'ensemble des morceaux sont sur des thématiques et un rythme similaire, ça donne quelque chose d'homogène très appréciable. Ça lui donne un aspect presque théâtral. Notamment, y'a aussi quelques modulations bien senties sur certains passages, genre le final sur Dissonant Occurrence, ah, terrible! J'en avais relevé d'autres qui faisaient tout aussi mouches, mais je me rappel plus. Mais l'idée est là, et ça surprend.


Outre la production et la volonté de faire un album plus léger, il y a d'autres innovations intéressantes, dont certaines complètement assumées, comme ce fade-in renversé piqué à Blackened de Metallica, qui fonctionne complètement, qui est très solennel. Les passages en clair sur Dissonant Occurrence qui me font penser au Black SF de Khonsu, certains rares passages rapides du disque qui me font direct penser à du Edge Of Sanity, ou même cette intro sur Disrupted Firmament qui sent le bon le Neurosis! Voilà, c'est varié, et ça puise des influences, volontairement ou pas, chez certains de leurs confrères, qui s'avèrent être, de qualité.


Et y'a aussi quelque chose qui m'a marqué, c'est le travail des 3 guitares. Les harmonies sont beaucoup mieux foutues dans ce disque, elles sont beaucoup plus sobres, c'est moins tortueux que sur des morceaux antérieurs, tout en restant inspiré. On peut aussi évoquer les chœurs sur Onset Of The Eighth Cycle qui là, encore, est une super trouvaille, ça accentue le côté grandiloquent et majestueux de la chose.


Don voilà, malgré toute cette légèreté ajoutée à leur musique, ça n'empêche que cet album est complètement apocalyptique. Mais c'est une belle apocalypse. Parce que, quitte à y passer, autant le faire avec classe et solennité, la fin en est presque anecdotique. Il est pas forcément facile d'accrocher lors des premières écoutes, mais passé le fait qu'on accepte d'écouter quelque chose de moins brut de décoffrage et de plus subtil qu'à l'accoutumé, on est complètement envouté, moi-même ça m'a surpris! C'est vraiment une belle galette, et j'aime vraiment bien l'orientation que prenne ces gars là dans ce projet. Et c'est toujours appréciable, d'avoir des groupes de cette qualité, qui soient de chez nous, tout simplement. Merci Monolithe!

lépagneul
8
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le 24 mars 2020

Critique lue 116 fois

lépagneul

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