Il y a des albums qui claquent dès la première écoute, et d’autres qui s’infiltrent doucement, presque en catimini. Olympia, deuxième album d’Austra sorti en 2013, fait clairement partie de la seconde catégorie. Et c’est justement ce qui en fait tout l’intérêt.
Trois ans après Feel It Break, glacé, introspectif et déjà impressionnant de maîtrise, Austra revient avec une proposition plus chaude, plus humaine. Katie Stelmanis et sa bande ne changent pas tout, mais ils peaufinent leur formule. Résultat : une électro-pop toujours élégante, mais qui respire un peu plus, qui danse même parfois.
Dès "What We Done?", on sent que quelque chose a changé. La voix de Stelmanis est toujours là, puissante, un peu fantomatique, mais elle s’ouvre, se libère. Elle ne flotte plus seulement au-dessus des machines : elle s’y frotte, s’y mêle, elle vit. Le travail de production est hyper léché, sans jamais tomber dans le clinquant. Austra réussit à créer un son dense mais jamais étouffant. Ça groove en douceur, ça palpite sous la surface.
Et puis il y a "Home", cette pépite pleine de tension retenue, où le rythme nous accroche pendant que la voix nous raconte l’absence. Ou encore "Painful Like", plus frontal, presque dansant, mais toujours avec cette touche mélancolique bien à eux. L’album joue constamment entre l’intime et le dansant, entre l’ombre et la lumière. Une dualité qui le rend vraiment attachant.
Mais tout n’est pas parfait. On sent que le groupe a voulu lisser un peu les angles, rendre le tout plus fluide. Du coup, certains morceaux peinent à vraiment marquer. Ce n’est pas qu’ils soient mauvais – loin de là – mais parfois, on aimerait qu’Austra ose un peu plus. Qu’ils déraillent, qu’ils explosent, qu’ils sortent de cette maîtrise un peu trop sage.
Cela dit, ce serait injuste de leur reprocher de bien faire les choses. Olympia est un disque cohérent, précis, et sincère. Il ne cherche pas à en mettre plein la vue, mais il sait capturer quelque chose de vrai, de sensible. Et ça, c’est déjà pas mal dans un paysage musical souvent saturé d’effets de manche.
7,5/10 – Olympia ne révolutionne pas la pop électronique, mais il creuse son sillon avec finesse. Austra gagne en émotion ce qu’il perd (un peu) en surprise. C’est beau, c’est bien fait, c’est un album qui se mérite — et qui en vaut la peine.