Sorti en 2013, One True Vine marque une nouvelle étape dans le parcours spirituel et artistique de Mavis Staples. Après l’excellent You Are Not Alone (2010), ce second opus produit par Jeff Tweedy poursuit la quête de lumière amorcée quelques années plus tôt. J’y ai trouvé une forme de paix musicale rare, une sincérité bouleversante, et c’est ce qui m’a conduit à lui attribuer la note de 8/10. Ce n’est peut-être pas un chef-d’œuvre au sens spectaculaire du terme, mais c’est une œuvre vraie, humaine, et profondément touchante.
L’un des aspects qui me parlent le plus dans cet album, c’est la manière dont la foi y est traduite. Elle n’est jamais assénée comme une vérité à accepter, mais partagée comme une expérience intime, presque universelle. Ce n’est pas une foi démonstrative, mais une foi vécue, que l’on ressent dans les silences autant que dans les élans.
Le titre d’ouverture, Holy Ghost, en est une belle illustration. Il s’agit d’une reprise de Low, mais dans la voix de Mavis Staples, ce morceau prend une autre dimension. Là où l’original était déjà contemplatif, sa version devient une prière nue, presque fragile, portée par une voix qui semble trembler sous le poids de l’expérience. Ce n’est pas une chanson, c’est une offrande.
Ce qui me bouleverse toujours chez Mavis Staples, c’est cette capacité à faire passer tant d’émotions avec une économie de moyens. Elle n’a pas besoin de prouesses vocales : sa voix, légèrement râpeuse, chargée d’histoire, transmet l’essentiel. Elle raconte plus en un murmure qu’un autre chanteur en une envolée.
Every Step, par exemple, m’a profondément marqué. Loin d’être un simple morceau gospel, il devient ici un mantra : “He’s gonna take me every step of the way.” La conviction dans cette ligne est désarmante. On sent que Staples ne chante pas seulement pour elle, mais pour tous ceux qui marchent dans la nuit en cherchant une direction.
Jeff Tweedy signe à nouveau une production en clair-obscur, toute en nuances, où chaque instrument semble placé avec soin. La sobriété des arrangements pourrait paraître minimaliste, mais elle est en réalité pensée pour servir la voix de Staples comme une rampe lumineuse. Cette retenue fonctionne la plupart du temps, même si l’on peut ressentir une certaine linéarité sur la longueur.
Cela dit, l’album n’est pas dépourvu de relief. Can You Get to That, reprise inattendue de Funkadelic, est un moment de grâce. Là où l’original brillait par son énergie psychédélique, cette version choisit une voie plus tranquille, presque acoustique, mais toujours entraînante. C’est une relecture qui fait sourire, tout en gardant une certaine gravité dans le fond. L’idée de récolter ce que l’on sème y prend un sens spirituel nouveau sous la voix de Mavis.
What Are They Doing in Heaven Today est une autre pépite. Ce vieux gospel traditionnel est interprété ici avec une tendresse infinie. Le ton n’est ni triste ni triomphant, mais suspendu. C’est un chant d’espoir, chanté comme un murmure vers l’au-delà, sans pathos ni grandiloquence.
Là où l’album perd un peu de souffle à mes oreilles, c’est dans sa deuxième moitié. Malgré la beauté des morceaux, un certain effet de répétition s’installe. La palette sonore reste globalement la même, et l’absence de variation plus marquée dans le tempo ou les ambiances peut laisser une impression d’homogénéité un peu trop marquée.
J’aurais aimé un ou deux morceaux plus dynamiques, qui viendraient trancher avec l’ensemble et donner un peu d’élan à l’écoute. Ce n’est pas rédhibitoire, loin de là, mais cela explique pourquoi je ne suis pas allé jusqu’à un 9 ou 10.
Forces marquantes : la voix habitée et sincère de Mavis Staples, l’élégance dépouillée de la production, l’équilibre entre spiritualité et accessibilité, la puissance émotionnelle des reprises.
Limites : un léger manque de variété dans les tempos et les textures sonores, qui peut rendre l’écoute moins dynamique sur la fin.
One True Vine est un album d’âme, dans tous les sens du terme. C’est un disque qu’on ne consomme pas, mais qu’on reçoit. Il ne cherche pas à éblouir, mais à apaiser. C’est une œuvre de foi discrète, incarnée, portée par une voix qui ne cherche pas à séduire, mais à transmettre. Il m’a profondément touché, et même s’il n’est pas parfait, il mérite pleinement ses 8/10. C’est un disque de lumière douce, qui continue de briller longtemps après l’écoute.