Comme la légende du phénix, Daft Punk renait de ses cendres, mais s'adapte cette fois à un nouveau style sans pour autant sortir de leur univers musical : la funk 70s-80s avec des synthés.
"Random Access Memories" est le 4ème album studio de Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, plus connus sous le nom de Daft Punk, après "Homework", "Discovery" et "Human After All", trois albums qui ont révolutionné le monde de la house music.
Alors oui, on peut dire au revoir au mélange house-disco plus connu sous le nom de "french touch", et bonjour aux basslines funky, aux guitares qui claquent, au son de vraies batteries, et aux voix naturelles. Dit comme ça, on pourrait répondre que ça a toujours été là, parce que c'est techniquement le cas, et c'est logique puisque musicalement, leur univers est bâti à partir de ces influences. C'est justement pour ça que ça fait sens, et que ça marche.
Concrètement, la vraie nouveauté ici, ce sont les featurings très variés : de Paul Williams ("Phantom of the Paradise"), Julian Casablancas (The Strokes) et Panda Bear (Animal Collective), en passant par la légende de la guitare Nile Rodgers, à un maestro de la musique au cinéma, Giorgio Moroder, cet album a de quoi surprendre. Celui qui fut mis en avant le premier c'est Pharrell Williams, le chanteur-producteur à succès qui nous sort ici sa plus belle voix typée années 1970, et celui qui ne le sera pas c'est évidemment Todd Edwards, le type qui chantait déjà sur "Face to Face" en 2001.
Dans cet album, on retrouve tous les ingrédients pour faire un bon album du célèbre duo : des chansons funky très prenantes à la "Digital Love", des ballades électroniques où on retrouve cette mélancolie déjà présente dans "Something About Us", et un mélange bien équilibré entre chant robotisé et chant naturel. Vous l'aurez donc compris, cet album est plus proche de l'esprit de la diversité pop-mélodique de "Discovery", que des productions techno-house type "boum-boum" de "Homework", et "Human After All".
Loin des boucles répétitives habituelles et de l'originalité des puzzles de paroles, on a ici un album plus auteur, plus personnel, et qui musicalement rappelle la bande son de "Scarface", par exemple. Ce qui est logique dans la mesure où c'est Giorgio Moroder qui la dirigeait.
Ça peut paraitre idiot dit comme ça, mais cet album est tout simplement plus... "musical".
Outre la première moitié de l'album qui est exceptionnelle, composée d'excellentes chansons les unes à la suite des autres, la deuxième moitié semble un peu plus reposer sur "Get Lucky", le fameux tube que tout le monde connait désormais par cœur, car les autres chansons sont peut-être trop ancrées dans cet esprit pop-funky-synthé, et finissent par toutes se ressembler, alors que même "Get Lucky" arrive étrangement à sortir du lot. Dans certaines chansons, plus expérimentales, on aurait presque l'impression d'écouter un album à la croisée entre Elton John, Pink Floyd et David Bowie, ce qui est loin d'être un mauvais point, mais n'oublions pas que nous parlons tout de même d'un album de Daft Punk.
Le point culminant de l'album pour moi, c'est "Giorgio by Moroder", un morceau progressif de 9 minutes qui démarre sur une boucle très simple et qui parvient à s'envoler vers les cieux avec un lyrisme enivrant. Une sacrée claque. De quoi ravir même ceux qui n'ont jamais apprécié l'univers de Daft Punk.
Bilan de la course, Daft Punk nous signe un album plutôt différent des précédents (bien qu'ils ne se ressemblaient déjà pas beaucoup entre eux) et qui fera beaucoup parler de lui, autant en bien qu'en mal. Ce n'est pas rare des voir des groupes s'orienter vers d'autres horizons musicaux, mais le tout, c'est de bien le faire, et on tient ici une forme de retour aux sources qui fait parfaitement sens, et de la meilleure des manières tant elle boucle la boucle. Dans cet album, rétrofuturiste autant dans le fond que dans la forme, les robots deviennent enfin... humains.