Shaking the Habitual n’est pas un album : c’est un choc. The Knife, duo suédois que l’on croyait dompteur de pop synthétique, s’extirpe ici de toute forme, de toute attente, de toute concession. Le résultat ? Une œuvre longue, rugueuse, fascinante. Et surtout, profondément politique.
Dès l’ouverture, la musique refuse l’évidence. Les rythmes sont déstructurés, les voix filtrées jusqu’à l’abstraction, les morceaux s’étirent comme des cris retenus trop longtemps. On y parle de genre, de pouvoir, d’aliénation – mais on ne nous prend jamais par la main. Il faut plonger, accepter de perdre pied.
Certaines pièces, comme Full of Fire ou Raging Lung, frappent comme des manifestes sonores. D’autres, plus arides (Old Dreams Waiting to Be Realized), mettent l’auditeur à l’épreuve. C’est déroutant, parfois éprouvant, mais toujours habité. On sent une urgence dans chaque dissonance, une nécessité dans chaque choix dérangeant.
Je n’y reviens pas souvent, mais quand je le fais, c’est avec respect. Parce que Shaking the Habitual n’est pas un disque qu’on aime ; c’est un disque qui nous bouscule. Et parfois, c’est exactement ce dont on a besoin.