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Dès son titre, Submarine annonce la couleur : le bleu, celui d’un disque en retrait, immergé, volontairement coupé du monde extérieur.
Au moment de concevoir l’album, María Zardoya (chanteuse du groupe) et Josh Conway (batteur) se séparent après huit années de relation. Là où beaucoup de groupes auraient explosé, eux choisissent de continuer à travailler ensemble : l'album est le résultat précis de ce processus créatif unique, au moment précis où le lien se défait.
Si Cinema baignait dans des tons rouges (passion, glamour, références hollywoodiennes)
[Pour le plaisir, un extrait de "Heavy", principal hit de Cinema, à l'allure autoréalisatrice...]
Is someone telling me "Don't get in the water"? ; What havе I done? ; I don't wanna get lost inside thе color under my tongue ; 'Cause I don't want to be in love with another ; Even in another life
Cette fois, Submarine est résolument bleu. Un bleu profond, aquatique, presque étouffé. Le sous-marin n’est pas ici une prison, mais un refuge : un endroit où se couper du bruit du monde pour faire face à sa tristesse en solitaire. L’album oscille constamment entre deux sensations contraires : une forme de claustrophobie émotionnelle, et une clarté apaisante, presque purificatrice.
La production de Josh Conway est essentielle à cette immersion. Le disque est traversé de textures liquides, de reverbs amples, d’échos qui donnent l’impression que chaque son est filtré par l’eau. La voix de María n’a jamais été aussi proche du micro, presque murmurée, à la limite de l’ASMR. Cette proximité crée une intimité rare, renforcée par un minimalisme très sophistiqué où chaque détail est pesé, poli et laissé à flot.
Le plaisir provient du contraste, celui entre la douceur du son et la dureté de ce qui est raconté. Des morceaux comme "Run Your Mouth" sont étonnamment groovy, presque dansants, alors que les paroles parlent d’incommunication et d’anxiété.
Lorsqu'on doit retourner le vinyle, "Lejos de Ti" ramène la langue espagnole au cœur du projet, comme le véhicule le plus naturel de cette mélancolie diffuse.
Enfin, évidemment "Sienna", le moment le plus bouleversant du disque : María chante le prénom de l’enfant qu’ils auraient pu avoir, sur une production signée Josh, dans une intensité presque insoutenable, pour un des plus beaux morceaux de la décennie.
Submarine est sans doute l’album le plus adulte de The Marías.
Moins soucieux de séduire par l’esthétique seule, plus attaché à une vérité émotionnelle. On pense parfois à une version très contemporaine de Sade, avec cette capacité à envelopper l’auditeur tout en laissant affleurer une réelle noirceur.
Un disque doux, cohérent, extrêmement bien produit, entièrement guidé par la sensibilité de María et cet univers bleu qu’elle explore lentement (n.d.r : pendant l'écriture, María s'est isolée dans un appartement dont elle a recouvert les murs de photos et de papiers bleus pour ne jamais sortir de l'état d'esprit Submarine)
On s’y sent étrangement bien, sous l’eau :)
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Créée
le 13 nov. 2025
Modifiée
le 23 janv. 2026
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