Faire un western en 2026 est déjà, en soi, un geste. Mais faire un western spaghetti, le tourner en Italie, et mettre une héroïne au centre du récit, ça relève carrément de l’anachronisme revendiqué. Et c'est ce qui fait la force du film.
On y retrouve avec plaisir tout ce qui fait le sel du genre : des paysages arides, magnifiés par une photographie soignée ; des plans larges qui laissent respirer le décor ; une musique qui accompagne plus qu’elle ne souligne (une pensée pour les légères notes de guitare acoustique qui viennent sublimer une scène importante)... Même des gueules de cinéma qui semblent sorties d’un autre temps.
Le film ne cherche pas à singer le western classique, mais dialogue avec lui : il dépoussière le genre sans le vider de sa substance.
Là où certains y voient un récit programmatique, j’y ai trouvé une aventure étonnamment agréable à suivre : drôle, absurde par moments, parfois même poétique. Le film avance avec une forme de liberté rare, assumant ses détours et ses ruptures de ton, tout en restant assez cohérent avec les règles de son univers. Cette fantaisie, loin d’affaiblir le propos, lui donne au contraire une identité singulière.
Nadia excelle dans son rôle, mais ce sont aussi les personnages secondaires qui font la richesse du film. Tous existent pleinement, avec une présence parfois discrète mais toujours juste, rappelant cette capacité qu’avaient les frères Coen à faire exister tout un monde en quelques scènes. À ce titre, le film m'a rappelé le très bon La Ballade de Buster Scruggs, dans son goût pour l’absurde, la cruauté douce et le burlesque latent.
Seule réserve, peut-être, autour de la fuite des deux protagonistes autour de la fin de la première heure du film. À force d’étirer cette errance, le récit perd légèrement en tension et en relief. Cette portion tire un peu sur la longueur et paraît plus fade que le reste, comme si le film hésitait momentanément sur la direction à prendre avant de retrouver son souffle.
Oui, le film préfère l’atmosphère au spectaculaire, le décalage à l’efficacité narrative pure. Mais c’est précisément ce qui le rend précieux. On sent un amour sincère du genre, une envie de jouer avec ses codes plutôt que de les cocher, et surtout une audace formelle devenue assez rare (du moins dans le peu de cinéma auquel je suis exposé).
Un western... comme on n’en fait plus ?
A la fois respectueux et joueur, porté par une vraie vision. Rien que pour ça, le voyage mérite largement d’être tenté.
8/10