Quelle claque. Quelle caresse.
C’en est presque douloureux de me sentir à ce point impuissant à poser des mots, à trouver une formule capable d’exprimer mon ressenti suite à cette découverte impromptue, qui m’a fracassé sans prévenir, pour me laisser béat d’admiration face à ce mélange de pureté, de sage sauvagerie musicale, de délicatesse et de sorcellerie sonore.
Keith Jarrett, je ne le connaissais pas encore la semaine dernière. Comment ai-je pu vivre vingt sept ans sans l’avoir écouté? Pianiste jazz prodige (ayant accompagné un certain Miles Davis au cours de sa carrière), de toute évidence une sommité parmi les connaisseurs, Keith Jarrett est notamment (re)connu pour ses concerts improvisés où il se laisse porter par son inspiration… « Sun Bear Concerts » regroupe un ensemble de concerts donnés en 1976 au Japon. Seul au piano, dans un silence de temple disparu, la magie opère dès les premiers accords déposés. Le coeur stupéfait, on se laisse emporter....
Chaque concert est une odyssée, un océan sonore où l’auditeur dérive, hypnotisé, dans un émerveillement perpétuel. Comme mues de leur propre volonté, les mélodies naissent, vont et viennent, se confondent, se rétractent pour mieux ressurgir en extases harmonieuses toutes plus intenses les unes que les autres. Il y a quelque chose de profondément transcendant dans cette musique, une étincelle d’innocence aussi vieille que le monde s'en dégage, qui vient vous toucher un point de l’âme dont vous ne soupçonniez pas l’existence quelques secondes auparavant.
Je renonce, il est impossible pour moi d’écrire sur cette musique sans avoir l’impression de la rabaisser. C’est au-delà de « beau », au-delà de « fort ». C’est. Rien d’autre à dire.