Voilà le 1er album en 1984 d’un groupe qui s’est affirmé dès l’année suivante comme un des meilleurs de la pop anglo-saxonne des années 80. Un groupe fondé en 1978 par les deux frères McAloon, Paddy (chanteur, multi-instrumentiste et génial maître d’œuvre de la formation) et Martin, le bassiste. Un nom de groupe pris comme un pied de nez car l’humour pince-sans-rire fait partie des Prefab Sprout. Le 1er single sort en 1982 mais sans gros succès. Ça ne décolle pas. Mais voilà, Paddy repère dans le public une jolie jeune fan, Wendy Smith (20 ans à l’époque), qui les suit de concert en concert. Devenue sa petite amie, Il décide de l’incorporer dans le groupe en tant que choriste et claviériste et l’alchimie dans la formation est trouvée ! Sa voix aiguë fait un parfait complément à celle de Paddy, la formule est immédiate et magique. En 1984 sort donc leur 1er album « Swoon » acronyme pour Songs Written Out Of Necessity (toujours le 2nd degré). Ce sera le seul album avec Graham Lant derrière les fûts, bientôt remplacé par l’excellent Neil Conti. Lant est le frangin de Cronos, le chanteur du groupe de metal sataniste Venom alors en plein succès et qui vient d’ailleurs de nous quitter.
On est d’emblée dans le monde de la pop intelligente, pas franchement new wave, sensible sans être jamais mièvre, et surtout hyper-mélodique. Alors, bien sûr, ça n’est qu’un 1er essai et il est donc imparfait, pêchant parfois par volonté de trop en faire. On est loin des sons synthétiques à la mode de l’époque qui font que beaucoup d’albums de cette époque ont mal vieilli. Des claviers il y en a bien sûr mais un seul synthé choisi pour son son épuré, on est tout de suite surpris par le son clair et puissant de la batterie et de la basse (la base de la pop en quelque sorte). Écoutez juste « Cue Fanfare » tiens pour vous en rendre compte. Pas de batterie électronique ici, non ! Une sorte de pop intemporelle qui fait la part belle aux harmonies vocales (« Cruel »…). McAloon décide d’abandonner les compositions qu’ils jouaient en concert depuis des années pour de nouveaux morceaux, à l’architecture parfois complexe. McAloon est un perfectionniste intransigeant en digne élève de McCartney et les sessions ont été rapides, pas chères (5 000 Livres de budget) mais difficiles : lors d’une session, Paddy a fait chanter les deux mêmes mots à Wendy pendant 3 heures ; elle a fini en pleurs ! « Couldn't Bear to Be Special » ou « I Never Play Basketball Now » sont des petites merveilles de pop inventive, peut-être un peu trop et les titres de la 2e face de l’album sont sans doute un peu moins forts, moins marquants.
La critique l’a repéré même si certains journalistes ont jugé McAloon un peu trop arrogant, sa pop trop compliquée et suffisante (ce qui sur certains titres n’est pas faux), revendiquant fièrement l’influence d’Igor Stravinsky. Mais le grand public n’a pas encore adhéré et le succès du disque reste modeste. Seule « Cruel » a figuré de cet album sur leur best of « A life of surprises » (https://www.senscritique.com/album/the_best_of_prefab_sprout_a_life_of_surprises/critique/337614454). Prefab Sprout a fait la 1ère partie d’Elvis Costello en 1984 qui ne tarissait pas d’éloges sur McAloon. Avec leur nouveau batteur et ayant épuré et simplifié leur musique, ils font faire paraître l’année suivante « Steve McQueen » leur chef d’œuvre absolu et un des meilleurs albums des années 80, sans hésitation (https://www.senscritique.com/album/steve_mcqueen/critique/345756017). L’histoire allait s’écrire là mais ce sont de bien jolis débuts tout de même.