"5 ans, c'est la première fois que Fleetwood Mac met autant de temps pour sortir un nouveau disque après le décevant "Mirage". Les principaux compositeurs ont entretemps poursuivi leur carrière solo et se sont parfois aussi beaucoup abîmés dans la drogue, comme c'est le cas pour Stevie Nicks. Bref, les choses semblent compliquées et à ce stade de l'histoire, il n'est pas impossible que le groupe se soit séparé sans même avoir pris la peine de faire une annonce officielle. Lindsey Buckingham se lance dans un nouvel album solo à la fin de l'année 1985, et peu à peu, il se rend compte que les chansons pourraient faire l'affaire pour un projet de Fleetwood Mac. Il propose aux musiciens de le rejoindre en studio et cette petite affaire va durer un an et demi, temps durant lequel Nicks ne sera présente qu'une quinzaine de jours en studio, tant son état de santé est incompatible avec l'enregistrement d'une chanson. Christine profite alors de l'occasion pour prendre davantage la lumière sur l'album et compose presque autant de chansons que Lindsey Buckingham. Alors, quel est le résultat?


Pour commencer, je trouve la pochette, un hommage à la peinture naïve du douanier Rousseau, absolument magnifique, l'une des plus belles et envoûtantes de leur carrière. Cela est peut-être une opinion trop personnelle, je l'admets, car j'adore ce type de peinture.


À l'écoute, la première chose qui frappe, c'est le son très eighties de ce disque. En 1987, on est au sommet de la mode du son synthétique et la production de l'album s'en ressent énormément. C'est particulièrement dommage concernant les sons de batterie qui sonnent très artificiels. Les claviers eux aussi ont une couleur qui, avec le recul, est très cheap. Ce choix de production n'a pourtant pas que des inconvénients. Les morceaux sonnent en effet très clairs et chaque détail est parfaitement audible au casque. On se régale alors des trouvailles sonores et des arrangements sur des morceaux qui seraient, sans cela, trop classiques. Je pense aux accents arabisants dans le morceau "Caroline", par ailleurs très pop-friendly. Je songe aussi aux belles trouvailles hispanisantes sur la chanson "Family Man". La clarté du son met parfaitement en valeur toutes ces trouvailles et participe grandement à sauver ces deux chansons de la médiocrité. Le formidable travail de guitare est d'ailleurs l'un des grands atouts de ce disque. Jamais Lindsey n'avait délivré un travail aussi abouti. Les grands solos de guitare s'enchaînent ("Tango In The Night", "Big Love", "Isn't It Midnight", "Caroline") et transcendent littéralement les chansons, donnant envie d'appuyer sur la touche repeat !


Reste la qualité des chansons, l'élément le plus important d'un disque. Avec "Tango", Fleetwood Mac repasse dans la cour des très grands. Oublions une ou deux facilités ("Big Love" et "Little Lies", très clairement écrites pour séduire les radios et qui aujourd'hui sonnent un peu datées) pour nous régaler avec des petites merveilles comme l'aventureux "Tango In The Night", qui renoue avec l'inspiration d'un album comme "Tusk". On se laisse aussi emporter par les formidables chansons pop telles que "Everywhere", "Seven Wonders" et "Isn't It Midnight", trois des plus beaux titres du groupe. Un petit ton en dessous, mais à peine, on retrouve le charmant "You and I". De nombreuses pépites ont été composées par Christine sur ce disque, retrouvant totalement son inspiration après le disque précédent où elle me semblait un peu à bout de souffle en termes créatifs.


Sur ce disque, c'est Nicks qui rencontre des difficultés. Sa santé physique et mentale l'empêche presque totalement d'enregistrer. Elle ne compose que 3 titres, dont l'émouvant et magnifique "When I See You Again", qu'elle n'arrivera pas à finir en studio. Lindsey en fera du coup un duo totalement addictif.


Vraiment, il n'y a pas grand-chose à jeter sur ce disque qui, à mon goût, est parmi les meilleurs albums de leur carrière, et cela malgré une production très ancrée dans son époque. Oui, mais une grande chanson reste une grande chanson !"

Hervé_Bertsch
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le 8 août 2023

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Hervé Bertsch

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