Driving down Pacific Coast, out on Highway One / The setting sun / Goodbye...

Chronologie The Beach Boys - Part. 29 :


https://www.senscritique.com/liste/chronologie_the_beach_boys/4141338


Par bien des égards ce "That's Why God Made the Radio" est proche du chapitre parfait pour clôturer cette passionnante histoire , celle d'une discographie qui s'étend sur 5 décennies et m'a fasciné pendant des mois... Sur les 25 dernières années, on était resté sur un album jukebox sans grand intérêt ("Still Cruisin"), un album conspué et méprisé ("Summer in Paradise") et la dernière entrée en date concernait un album plus qu'anecdotique de reprises des tubes du groupe par des chanteurs country... Depuis, Carl Wilson, le ciment du groupe depuis sa création, a rejoint Dennis au paradis des barbus à voix d'ange , les autres membres du groupe sont entrés dans une soixante dizaine qui empêche désormais toute crédibilité pour écrire des chansons de coureurs de jupons , conducteurs de bolides ou riders de bonnes grosses vagues. Il ne leur reste plus qu'un merveilleux catalogue sur lequel il est très facile de faire jouer la nostalgie du public pour terminer tranquillement une vie mouvementée.


Sauf que...


Sauf que notre ami Brian s'est entretemps débarrassé de son psy taré, de ses problèmes d'addiction et de sa dépression qui l'a plombé pendant des décennies. Il s'est remis à composer, collaborer, a sorti des albums solos qui ont obtenu une jolie réputation et ont maintenu sa réputation de compositeur de grand talent. En 2012 le groupe fête les 50 ans de la sortie de "Surfin' Safari", l'occasion est décidément trop belle pour la laisser passer...


Mike Love, avec lequel on imagine que les relations étaient fraiches à ce moment là, accepte de reformer le groupe pour un dernier tour de piste, Al et Bruce acceptent on l'imagine sans forcer, et ils ont même l'élégance de rappeler David Marks, présent à la gratte sur les tout premiers albums du groupe, histoire de boucler la boucle. On peut se dire que c'est dommage de ne pas avoir inclus Chaplin et Fataar, mais vu la période chaotique dans laquelle ils sont intervenus, loin de l'esprit initial des Beach Boys et avec un Brian dans un rôle intermittent, on comprend que c'est un oubli assez logique.


Dans la composition , Brian perpétue sa tradition de co-écrire avec un proche collaborateur, et donc après Gary Usher, Roger Christian , Tony Asher, Van Dyke Parks et bien sûr Mike Love, c'est désormais sur Joe Thomas, avec qui il a travaillé sur son album solo "Imagination", qu'il va s'appuyer pour concrétiser les chansons qui habitent son esprit. Parce que ce ne sera pas un album collaboratif à la "Sunflower" ou "20/20", c'est véritablement un album de Brian sur lequel il a invité les Beach Boys, à l'exception de "Daybreak Over the Ocean" , écrit par le seul Mike Love il y a plusieurs décennies.


Le résultat donne un disque en deux parties. Sur la première, le groupe sort les mélodies ensoleillées, il y a une véritable joie de se retrouver, il y a les harmonies, les singles potentiels, les refrains entêtants, c'est un très sympathique cocktail de ce qui a fait la sève du groupe jusqu'à "Pet Sounds", c'est à dire l'époque des hits, du surf , de la plage et des jolies filles. Ces thématiques sont adaptées à l'époque, à leur âge et leur condition, il y a quand même une sensation d'apaisement, le rythme est posé et si on peut regretter la production des voix, chargées d'un auto-tune artificiel, on est content de retrouver la bande dans des compositions de cette qualité là.


Après cette première face vraiment bonne, de laquelle je retiens surtout "Shelter" et "The Private Life of Bill and Sue" même si rien n'est à jeter, on enchaine avec une deuxième partie vraiment différente en terme de tonalité. Il y a d'abord le morceau de Mike qui fait la transition , l'absolument magnifique "Daybreak Over the Ocean" , probablement mon morceau préféré de tout l'album (ce qui est quand même un sacré retournement de situation), ensuite on a le "Beaches in Mind" qui est dans le même esprit que la première moitié, et puis après on rentre dans le cheval de Troie de cet album. Car sous ses airs de pop insouciante qui veut raviver la nostalgie des masses, se cache en réalité un testament d'une résignation à broyer le cœur... A la manière de "SMiLE", les 4 derniers morceaux constituent une suite, l'ambiance est beaucoup plus sombre qu'auparavant, sans être foncièrement déprimante. "Strange World" est le plus upbeat de ceux là, c'est un focus de Brian sur la façon dont il a pu se sentir déconnecté du monde dans lequel il a évolué par moments. A partir de "From There To Back Again" , il n'y a même plus de refrains, c'est une magnifique balade introspective chantée par Al sur l'acceptation du temps qui passe et la beauté de l'instant présent, cette chanson est la définition d'un ultime coucher de soleil, avec le petit sifflotement de Al qui va bien à la fin. "Pacific Coast Highway" est le morceau le plus hanté par la tristesse, la mort, sans jamais vouloir inspirer la pitié, c'est un haiku de Brian au piano , la meilleur épitaphe qu'il pouvait faire pour lui même. Summer's gone est un morceau final plus convenu, mais tout de même très beau, un des rares morceaux où on peut voir poindre le souvenir de Carl et Dennis, et c'est une véritable acceptation de la fin de vie, avec le meilleur son qu'on pouvait imaginer pour clôturer le dernier album du groupe : celui des vagues mêlé à la pluie..


Brian a réussi son pari , celui de mettre fin au groupe de la plus belle des manières, avec l'authenticité qu'on lui connait. Au final on entend peu les autres membres, à part sur les deux singles "That's Why God Made the Radio" et "Isn't It Time" qui donne la part belle à l'alternance des voix et aux refrains acidulés, Mike et Al n'ont que peu de leads au chant , Bruce et David sont très discrets, ils sont surtout présents pour magnifier les harmonies de Brian, de la façon dont ils ont toujours su le faire.


Encore une fois, quelle magnifique fin...


Ecoutez les Beach Boys, il n'y a décidément rien à jeter...

VinnieJones
8
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le 23 déc. 2025

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VinnieJones

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