Je commencerai avec une citation de mon collègue qui a découvert à son tour l’œuvre après que je lui ai fait part de mon enthousiasme. Il a particulièrement aimé (comme beaucoup) l'introduction « The Mountain » et il en a dit un truc très juste : « Avec tout ce qui se passe dans le monde, la guerre qui revient après les frappes en Iran, sortir un truc comme ça... c'est émouvant. Ils sont perchés, ailleurs avec ce projet... » Effectivement, la sensation de douceur, d'innocence, de joie, de beauté, de paix qui s'en dégage détonne avec l'actualité. Il s'agit déjà sans doute d'un des morceaux de l'année, dans un des projets de l'année. Mais aussi la plus belle ouverture à un album de Gorillaz. On n'est pas dans les bizarreries qui ouvraient « Humanz » et « Demon Days ». Ça ressemble plus à l'ouverture orchestrale de « Plastic Beach », avec un thème plus mémorable ; une ouverture au voyage, à travers leur vision occidentale de l'Inde, des instruments dont j'aime beaucoup la tessiture, les sonorités, et que je vais me faire un plaisir à retrouver sur tout l'album.
Dans le titre suivant « The Moon Cave », une partie rappée très fun m'a fait rappeler que c'est Gorillaz qui m'a ouvert les portes du rap quand j'étais jeunot, dès Clint Eastwood. J'ai eu de ce fait longtemps une vision très Pop du genre. Pour moi le rap, c'est parfait sur les couplets quand t'as un refrain d'enfer. Et Gorillaz sait faire ça. La troisième pièce se fait en compagnie de mes idoles récemment découverts, Sparks, et plus j'écoute ce morceau, plus je l'apprécie (comme la majorité de ce que produisent Sparks d'ailleurs). J'ai lu dans d'autres critiques qu'il y aurait trop de featurings sur The Mountain. Non, ils sont juste mis plus en avant que d'habitude dans la tracklist et judicieusement intégrés à l'univers, contrairement à « Humanz » qui était bien trop rentre-dedans. Félicitations d'ailleurs à Anoushka Shankar pour son travail, qui est crédité sur plus d'un tiers de l'album ; c'est à elle aussi qu'on doit son atmosphère unique. Et la voix de 2D qui conduit le projet, de Damon qui retrouve ici sa liberté créative, par le deuil, par la spiritualité indienne.
Je ne vais pas faire de piste par piste (même si ça le mériterait). Je remarque seulement que ça faisait longtemps que je n'avais pas continué l'écoute d'un album de Gorillaz sans me lasser, sans m'arrêter en cours. Il y a des morceaux sur lesquels je me questionne encore : Est-ce que le gimmick d' « Orange County » est aussi insupportable qu'il va me suivre toute l'année ? Est-ce que l'effet d'auto-tune sur « Empty Dream Machine » fonctionne ou casse cette belle instru ? Est-ce que j'aurais souvent envie d'écouter les sept minutes entières de « The Manifesto » ? « Delirium » est-il vraiment le refrain le plus délirant de Gorillaz et était-ce judicieux de faire revenir Mark E.Smith pour ça ? Si je devais trouver quelque chose à redire, c'est que « The Mountain » est parfois difficilement lisible sur ses mélodies, tellement il se passe de choses autour dans le mixage. Ça peut paraître dense, trop dense. A tel point que je ne suis pas convaincu par les deux dernières pistes ; où l'on fait revenir le thème de l'ouverture sans obtenir le feu d'artifice attendu, remplacé par une procession funéraire.
Je vais peut-être me laisser apprivoiser le projet avec le temps. J'en ai envie car ça faisait bien depuis le très maladroit (et première déception) « Humanz » qu'il n y avait pas eu autant d'envie et de cohérence dans un de leur album. « Cracker Island » et « The Now Now » sont déjà oubliés (à part quelques belles pièces dans chacun). « Song Machine » était une collection de feats avec plus et moins de réussites... Je me demande même si « The Mountain » ne va pas remplacer « Plastic Beach » dans mon top 3 avec le temps...
Il m'en fallait pas plus pour apprécier à nouveau une œuvre de Gorillaz. Damon m'a fait mentir quand j'écrivais ici quelques années plus tôt que jamais ils ne retrouveraient le niveau qui m'a fait tombé dans la marmite quand j'étais petit. Nous sommes ici entre le génie qu'on pouvait ressentir sur « Plastic Beach » et son solo « Everyday Robots », plus mélancolique et introspective, sentiments que l'on retrouve sur des titres comme « Casablanca ». Au niveau du clip, on en aura peut-être qu'un seul mais il est de toute beauté, rempli de clins d’œil à un de mes Disney préférés. J'ai découvert et vraiment aimé Gorillaz avec « Demon Days », mais si je les avais découvert avec « The Mountain », j'aurais été tout autant convaincu. Une belle porte d'entrée pour la nouvelle génération.