Il y a des disques bons comme les senteurs de pain chaud au abords d'une boulangerie aux première lueurs du jour. La promesse d'une savoureuse journée. Des albums qui ne font pas carrière, au sens commercial du terme, mais rendent pourtant un immense service à la cause. La bonne musique ne se trouve plus guère sur les ondes mainstream, il faut creuser un peu pour trouver le filon. Vertical Life, c'est, avant tout, un gisement essentiel de tendresses diverses dans un monde de brutes épaisses. Un baume réparateur pour les mains brulées par l'hiver autant qu'une rosée du matin sur les plaines asséchées de nos étés surchauffés. Un nécessaire, surtout, pour les esgourdes curieuses et aventureuses.
Ces quatre là ont trouvé l'Easter Egg dissimulé dans l'Oasis. La vie à la verticale, qu'ils définissent comme les pieds bien ancrés dans le sol, au contact du monde réel. Par opposition à la vie horizontale, rêvée et subie. Les deux sont nécessaires. Après tout, on passe un tiers de notre temps sur le dos et n'avons pas d'emprise réelle sur nos vies nocturnes. Mais en bipèdes que nous sommes, la station verticale, c'est le mouvement, l'avancée. La confrontation quelque-part... L'essentiel. La thématique générale, c'est finalement plutôt l'état d'entre-deux. Le rêve duquel on se relève. Un peu de douceur que diable !
Parce qu'il est toujours dans les bons coups, Ambroise Willaume dépasse d'une courte tête au sein de ce collectif. Mais il s'agit de ne pas réduire Astral Bakers à un backing band. En particulier sur ce second album où chacun vient avec des idées à développer en équipe. Ce qui ajoute un supplément créatif manifeste par rapport à leur premier opus (The Whole Story, 2024). Très bel opus qui pouvait parfois sonner tel le troisième album de Sage (délicieux projet solo d'Ambroise, démarré quand Revolver s'est mis en pause). Une sorte d'élargissement du spectre. Au propre comme au figuré. Ils se sont croisés au fil de collaborations artistiques auprès des mêmes artistes. Woodkid, Clara Luciani, Pomme ou Eddy De Pretto pour n'en citer que quelques-uns. Autant dire qu'on est dans l'éclectisme. Et la direction prise par Astral Bakers n'était donc pas écrite avant même que l'aventure ne débute.
J'étais personnellement totalement passé à côté de The Whole Story. Et ne savais rien de ce groupe quand m'a été suggéré "Within a Heartbeat". (Digression ici, je souhaite à tous de trouver un algorithme sur pattes -le mien est très sexy qui plus est- pour corriger les quelques biais et lacunes des algos électroniques. Fermons-là la parenthèse). La patte mélodique, et la voix... le label Sage Music. Il n'a pas fallu fouiller bien loin pour retracer la trajectoire. C’eut été moins évident avec la magnifique mélodie de "Into the Sea" comme première approche. Même si les éléments s'emboitent avec une délicate évidence quand on lance Vertical Life. Mais pour cela il aura fallu attendre près d'un an. Ambroise assume d'avoir eu envie de faire paraitre quelques titres au coup par coup, bien avant que l'ensemble ne soit compacté en un tout. Ce qu'offre le digital et qui tue peu-à-peu l'idée même de Disque. Est-ce un mal ou un bien ? Chacun aura son avis. Personnellement, je ne suis pas fan. Mais qui suis-je hein ?
"Within a Heartbeat". La définition même de la pulsation parfaite. Une cohésion rare entre mélodie, rythmique, texte et arrangements. L'irrésistible envie de la faire découvrir au monde, l'impatience légitimée par ce petit bijou. N'ayons pas peur des mots. En bon romantique, une chanson que l'on aimerait offrir. Une chanson que l'on aimerait recevoir aussi. Mais qui, dans la perspective d'un futur album, pourrait d'emblée mettre la barre très haut. Trop haut. Le second single, "A Dog In a Manger" puis le titre éponyme sont deux réponses limpides. Ce n'était pas un feu de paille. La plume, qu'elle soit tenue par Zoé Hochberg ou par l'ensemble de la bande (citons donc Théodora De Lilez et Nicolas Lockhart au passage) ne dénote pas. Poétique et délicate. Astral Bakers en a dans le ventre et met du cœur à l'ouvrage presque sans qu'il n'y paraisse. Semblant de facilité. Merveilleuse atmosphère pour "No Rain on the Internet". À nouveau un appel à re-goûter la vie de plain-pied. La mélodie simple et douce de "What It Means", sur un texte moins accessible de prime abord et sur lequel chacun peut projeter sa lecture.
J'ai lu, à leur propos, que l'on peut parler de soft grunge. Ça existe ça ? Ok, mais c'est réducteur. "Healing" est en effet plus agressif et, un chouilla, surproduit. Un peu trop baigné de reverbes, peut-être. A y bien regarder, le thème l'impose. Un baume vaporeux comme voie de guérison. Ça se tient. "She Takes a Pills" (la bleue ou la rouge ?) es, sans doute, l'un des titres se rapprochant le plus du post-grunge. Difficile d'affronter le réel sous influence. Quant à l'accord dissonant ouvrant "Mirror", il ne serait sans doute pas renié par Kurt Cobain. Hormis ces trois morceaux, on est plus sur du soft rock atmosphérique.
Et quelle que soit la voie empruntée, Astral Bakers commet ici un sans faute. Ou tout, de chaque intro à chaque final, parait, à la fois absolument instinctif et résolument maitrisé. Mais comme il faut chercher la petite bête, plutôt que d'aller enregistrer aux states ce qui pourrait être réalisé ici, on vous voit quand sur scène ? Un besoin vital de vous vivre, à la verticale, dans nos petites salles de France et de Navarre. Donnez-nous le frisson ! Encore et encore.