En France, quand tu dis que tu écoutes The Charlatans, t’as souvent droit à un grand blanc, façon “je devrais connaître, non ?”. De l’autre côté de la Manche, c’est un groupe respecté, presque institutionnel, un nom qui a traversé les décennies depuis Madchester sans se désintégrer. Ici, c’est quasi l’anonymat. Et au milieu de ce grand malentendu franco-britannique, il y a moi, qui les ai découverts avec Between 10th and 11th, un album que j’apprécie toujours autant. C’est par lui que tout a commencé. Sauf que, soyons honnêtes, les albums qui ont suivi m’ont déçu : trop sages, trop lissés ou juste pas à la hauteur de ce que j’avais fantasmé. À force, j’ai fini par les perdre de vue, comme un vieux pote avec qui tu ne trouves plus vraiment de sujet de conversation.
Du coup, j’ai abordé leur dernier album, We Are Love, avec une curiosité méfiante : pas vraiment l’excitation des grands jours, plutôt le “bon, voyons ce qu’ils sont devenus”. Et là, agréable surprise : on ne retrouve pas la claque de Between 10th and 11th mais on retrouve un groupe vivant qui a accepté son âge, son histoire et ses cicatrices. La musique avance tranquillement avec ces claviers chaleureux, ces guitares qui brillent sans fanfaronner et Tim Burgess qui chante comme quelqu’un qui a vécu plein de choses et n’a plus besoin de prouver grand-chose.
Est-ce que la magie d’autrefois opère encore vraiment ? Non, pas complètement. Il n’y a pas ce frisson glacé, ce côté un peu mystérieux et détaché que j’aimais sur Between 10th and 11th. Les nouvelles chansons réconfortent plus qu’elles ne bouleversent. Elles accompagnent plutôt qu’elles ne possèdent. Mais il y a quelque chose de très touchant à simplement se dire : “Ah oui, ils sont encore là et ils tiennent encore la route.” C’est un peu comme recroiser ce fameux pote perdu de vue : on ne retrouve pas la folie d’antan mais on est content de parler une heure, de se souvenir, de voir que tout n’a pas disparu.
Pendant qu’en Angleterre on continuera sans doute à les applaudir comme des vétérans méritants, en France ce disque passera presque inaperçu, comme d’habitude. Tant pis. Moi, ça m’a fait plaisir de les retrouver, même si l’étincelle originelle ne se rallume pas complètement. We Are Love, ce n’est pas le grand retour miraculeux, c’est un retour chaleureux, imparfait mais sincère. Et parfois, pour un groupe qu’on avait laissé sur le bord de la route, c’est déjà beaucoup.